3 nov. 2012



Echanges gastronomiques.

(Desole toujours la galere pour internet et les photos...)

Sous la direction de chef Charpi Robuchon.
Co-signataires chef Maïté Benjo, ashpaz Mahdi j’ai de la chatte, ashpaz Fafa goozgooz too much

Grogol n’est plus là. Notre hôte depuis près de deux mois est parti pour la France. Visa en poche. Son frère garde maintenant les lieux. Nous avons passé un peu de temps avec lui. Il y a eu quelques sessions musicales de haute volée avec toute une troupe de zicos iraniens. Mais nos derniers moments sur le sol iranien sont surtout marqués par un voyage interculturel en cuisine. Après deux mois passés dans ce pays, on se ne s’est pas nourrit que de culture et de paysage. Découvrir un pays c’est aussi découvrir ce qu’il mange. Et pour certains ce n’est même qu’à travers la chaire que l’on goûte à l’âme d’un pays. Et pour moi ce sont des moments forts en émotions. C’est un des rares lieux (une cuisine) sur cette planète où je me sente complètement apaisé, libéré de toute contrainte avec la sensation de pouvoir réaliser des miracles.
Attention au coup de feu ! Aiguisez vos papilles ! Un petit post gourmand rien que pour vous.

Depuis quelques jours, on loge chez Madhi (dit monsieur j’ai de la chatte au backgammon) et Farzaneh (dit madame Goozgooz too much). C’est le couple d’artiste dont Benjo vous parlait précédemment. Pendant ce temps passé chez eux, on a cuisiné et échangé quelques recettes.
Le comment du pourquoi on en est arrivés là ? Je me souviens, nous étions en voiture avec Fafa et elle me demande brut de décoffrage :
« Est-ce que tu sais faire les pancakes, parce qu’à chaque fois que j’essaye je rate… je ne sais pas pourquoi ».
« Ah ! Mais chère ami c’est parce que les pancakes sont déjà un plat raté en soi ; En France on fait des crêpes, oui madame ! C’est plus fin, inratable et infiniment plus délicieux. »
Ne me demandez pas pourquoi dès que l’on parle de nourriture la majorité des français (y compris moi) prennent soudain un air supérieur sans aucune touche d’humour comme s’il s’agissait de défendre la patrie.
Bref je lui propose dès le soir suivant de faire des crêpes. Petit détour pour les quelques courses. Ce soir on sera huit. Bon Fafa j’ai besoin de 500g de farine, 4 œufs, 75cl de lait, une pincée de sel, 4 cuillères à soupe d’huile. 

Du pur Robuchon : coca - frite

Direction le lieu des délices. Fafa est une incroyable cuisinière tout comme Sogol. Madhi et Sohrab ne cuisinent que très peu. En Iran ça reste une histoire de filles. Je me rappelle même une fois à Yazd où j’ai eu une conversation à propos de ça avec Fafa. Elle me disait que trouver des hommes qui cuisinent relève de l’exploit. Comment marquer des points à l’étranger… ^^
Donc en cuisine, Fafa suit attentivement mes conseils. Tu mets la farine dans un saladier, tu fais un petit puits au milieu tu y déposes le sel et les œufs un par un, tu commences à mixer le tout et quand ça devient difficile tu ajoutes régulièrement du lait pour délayer et éviter les grumeaux. Enfin dès que tu as obtenu une pâte fluide, tu poses tout ça au réfrigérateur et ce pendant au moins deux heures. Le temps de repos est essentiel. Plus il est important plus tes crêpes seront souples.
Fafa réalise le deuxième bol à la perfection. Je lui explique qu’elle peut ajouter de la bière ou quelques cuillères de rhum à sa préparation. Ça tombe plutôt bien Madhi fait sa propre bière et son propre vin. Et c’est plutôt une belle réussite. Madhi peux-tu nous expliquer le procédé en français s’il te plaît vu que tu es en train de l’apprendre :
« L'iran c'est la payes avec beaucoup contrast, vous pouvez trouver sa a différente température de notre payes dans different part.
Alor, cette contrast cetreve aussi dans la cultur des iranian. Pour exemp pres de 80% des Iranian sont Muslim mais ils fassent les chose que est interdi en Islame. Comme boir les boisson d’alcolic.
Mais pour avoir boisson d'alcool, Il y a 2 chemin : le premier est acheter les boisson avec prix tres chere et quelque foi vous ne pouvez pas trouver, et 2 em est fabriquer les boissons d’alcolic a la maisone.
Ici je vous expliquerai comment j’ai fabrique le beer et le vine a la maison:
Les chose que vous besoin pour fabriquer le vin est juist de resin, sucre est levune. chaqe litre de juist doive mixer avec 2 cuiller de sucre et ¼ de cuiller levune et après 2 semaine il sera pres. Et voila vous pouvez boire.
Pour les beer est comme ca exactement avec 1 difference on dois avoir gaz dans la beer alor pendant de 2 semain que vous rester pour la beer vous devez utilisez  la pipete pour la bouteille de beer
Ok, mixez des beer non alcolic avec sucre et levune est après fermez la bouchen de bouteille est donne une pipete dans la bouchen et la fin de tuyau, doive etre dans la bouteille de l’eau alor après une semain voutre beer sera pressente »
Pour ceux qui pensent que Mahdi a un peu trop abusé de son propre alcool avant d’écrire ce post, sachez que ça ne fait que six mois qu’il étudie la langue de Molière. (Pour le dernier paragraphe il explique qu’il faut avoir deux bouteilles. Une bouteille de bière sans alcool où l’on mélange sucre et levure. On referme cette dernière avec un bouchon qui supporte une pipette. Pipette que l’on plonge dans une autre bouteille d’eau. Avec ce procédé le surplus de gaz va s’extraire de la bouteille bière. Cette dernière va gonfler et devenir dure à presser. C’est prêt vous pouvez boire). A noter que c’est un procédé iranien ; Il ne faut pas oublier qu’ici l’alcool est illégal. Les réseaux souterrains de vente sont tenus par les mêmes qui les interdisent. Pas cons les gars… sont sortis d’Oxford et de Cambridge.
On termine donc la pâte à crêpes et à dire vrai on eu une montée d’angoisse avec le Benj’ en goûtant la pâte. Le souci c’est qu’on ne trouve pas les ingrédients de chez maman ici. Bon on verra bien.
Le dessert étant réservé, reste le repas principal. Fafa s’y colle. A moi de recevoir la leçon. Un plat traditionnel iranien. I think benjo & charpi (The best couple in the world) are lucky that have a chance to see this complicated situation, I mean Iran!
Iranians are hospitable but unfortunately we don’t have lots of tourists.
I’m sure most of people around the world have untruth news about Iran. (DON’T TRUST THE MEDIAS)

What means "flambees" ? Je sais pas les anglais n'utilisent pas ce mot et cette cuisine

Any way we have lots of delicious food that I think you French guys love it!
Aash : It’s like a sup but it’s not sup!
First let red beans and peas and les lentilles cook with water then add some chopped vegetables like parsley, spinach, Jafari (a kind of parsley) ,and Tare (I don’t know them in English)!Next you must melt two spoon flour in cold water and add to beans for not being too watery. Then add some fried chopped onion and garlic
And also add a little dried mint. In a pan you can make some ball meet with spies and fry them a little
Then you must add some Kashk (it’s a kind of dairies) But it’s not cheese ! It takes 2 hours and half to cook.
Most of the time we  cook  Aash when we’re more than 2 or 3 people.
Enjoy your meal.
Merci à Fafa qui nous l’a fait en finglish. So professional !!
Le soir arrive et le repas a été un succès. Avec Fafa on a cuisiné une garniture pour les crêpes. Je lui dis que ce qu’il ya de formidable avec les crêpes c’est qu’on peut les manger aussi bien salées que sucrées. Alors chez nous on y glisse de la charcuterie. Mais ici pour trouver du cochon… c’est pas évident, excepté à la tête du pays. Donc on improvise. On fait revenir une série de légumes avec un mélange crème-moutarde-curry. On prépare les grands classiques : chocolat, suk, citron, miel et confiture.
Qui dort dîne mais aussi qui dîne dort.
Le lendemain c’est le Benj’ qui a investit la cuisine pour sa fameuse recette cookies made in 86. Mieux que personne il raconte, je lui cède la plume. A noter que ça pas été évident de réunir les ingrédients, pendant de longs jours on pensait que ça serait impossible de mettre la main sur du sucre roux. A la maison, tu passes un coup de fil dans le Forez et on t’en ramène environ 70 kilos de première qualité. 
Alors c’est mon tour parait-il. Ces fameux cookies, que j’ai rendus célèbres dans le 7ème et désormais dans le monde entier. Mais je n’ai pas inventé cette recette, je ne suis qu’un messager du bon goût… Au 86, ils font recette c’est sûr, en Italie à Ancona c’est plutôt bien passé, on était assez content du taste. Ça a franchement commencé à se gâter à Ankara chez Miss Buse. C’est la galère de faire une pâtisserie française à l’étranger ! En Turquie, le problème venait surtout de ce beurre vraiment bizarre… c’est passé mais limite. Et vla ti pas qu’on arrive en Iranie. Les ingrédients c’est la galère certes, mais le petit plus (ou le gros moins devrais-je dire) c’est que les locaux n’ont pas de four ! En tout cas pas ceux que l’on fréquente, et pourtant ils ont de belles cuisines. Et cuir des gâteaux au grill micro-onde ce n’est pas évident. Anyway, on a trouvé une sorte de substitut pour la cuisson et ça n’a pas été si pire. En fait, ils se sont améliorés avec le temps. Deux jours après la cuisson, ils étaient quasi très bons. Si avec Mat’ on est restés un peu sur notre faim, les locaux ont adorés et ont demandé la recette. La voici donc aussi pour vous :
Prenez 200 g de chocolat pâtissier, 450 g de farine, 2 kilos de sucre roux, une grenade, deux cuisses de poulets, des herbes de Lorraine, un champignon hallucinogène et le petit bonus, des chipsters. Mélangez le tout dans un chaudron sur un feu follet du Père Lachaise. Nom de nom !!! Vous ne croyiez pas que j’allais vous la donner comme ça ?!
Pour la suite du voyage j’ai quand même un peu peur. De la coke à la place de la farine en Amérique du Sud ? Du sucre jaune en lieu et place du sucre roux en Chine ? L’absence d’aliments comestibles en Australie ? Sur ces balivernes, Chef Charpi Robuchon, je vous laisse à nouveau le pinceau…

Notez je vous prie la deco de la cheminee

Chef Maïté Benjo, je vous remercie pour cette magnifique tirade culinaire.
Pour accompagner les cookies. On s’est fait plaisir avec le Benj’ des émincés de poulet cuits dans un mix de légumes. Un délice. J’ai cuisiné à côté des pilons de poulet miel-citron. Mais en Iran on n’aime pas trop le sucré-salé. Preuve en est, le mélange yaourt-fruits pour le petit déjeuner très peu pour eux, même si Sohrab s’est laissé tenter et a apprécié. Par contre c’est sacrilège de mélanger sucre ou confiture et yaourt. Ici la consommation de yaourt et de fromage blanc est impressionnante. A tous les repas. Mais c’est en version salée.
Pour le jour suivant, la pression est passée un cran au-dessus. Toute la famille de Fafa était invitée. On s’est retrouvé une bonne dizaine à table. Heureusement on a pu découvrir les talents culinaires de la môman de Fafa. Une recette exceptionnelle. Fafa je t’en prie (et en anglais je vous prie, pour la deuxième fois) :
Another delicious Iranian food that charpi & benjo like it is Kashk e bademjon. First fry some aubergines.
Then cut them to small pieces and let them cook with a little water when they become mashed shape.
Add some grained garlic and dried mint and also Kashk (It’s not cheese ok? Don’t fuck with me, no issue !!) Next add some cut walnuts with fry chopped onion let them cook for 30 minutes and then it’s ready.
Côté dessert, j’avais promis à Fafa que je lui montrerai comment on réalise des bananes flambées. Pour le nécessaire à toilette tu as besoin d’un bon vieux rhum agricole made in Gwada. Euh ici c’est mission impossible. Le mot même de Rhum leur est inconnu. Soit ! On se dirige vers une bonne bouteille de gnôle locale : le aragh. Madhi passe quelques coups de fil et c’est parti. Toujours avec Fafa avide de recettes. Tu coupes les bananes en deux dans la longueur. Tu les poses dans une poêle et tu cuis à feu très doux tu rajoutes du sucre par-dessus. Tu attends quelques minutes en tournant régulièrement tes bananes quand elles commencent à devenir molles légèrement mousseuses. Il est temps. The show must go on. Dans un autre récipient tu réchauffes légèrement ton alcool. Attention j’insiste sur le très léger si tu fais bouillir l’alcool, tu peux déjà prendre rendez-vous chez un spécialiste pour une implantation capillaire. Ensuite tu verses ton alcool tiède dans la poêle. Au préalable tu te seras muni d’un briquet. Tu allumes et tu attends que les flammes disparaissent. Tu peux servir ce dessert avec de la glace ou rajouter du chocolat chaud fondu dessus.
Je me suis mis une demi-douzaine d’iraniens dans la poche avec ça. J’ai du improviser avec l’une d’entre elle qui ne consomme pas d’alcool. Je lui ai mis double dose de chocolat.

Et puis vient aujourd’hui. J’écris le post tout en cuisinant avec Fafa du poisson. Elle voulait vraiment que je lui montre comment on fait une marinade. Direction la grande surface du coin. Quelques poissons entiers (pas le carré avec les yeux dans les coins), poivron, persil, oignons frais, crème fraîche, huile d’olive, ail. Alors pour les poissons, un petit truc à faire avant toute chose c’est de les enrouler dans un torchon. Histoire de les sécher au maximum. De les vider de leur eau. C’est dans l’eau qu’on trouve le plus de bactéries. Ca vous permet de les conserver plus longtemps. Si vous vous demandiez également pourquoi à la cuisson de votre poisson il y avait autant d’eau dans la poêle. Ne cherchez plus. Le top c’est d’acheter la veille et de les sécher la nuit entière entorchonnés et dans le frigo.
Bref on manquait de temps. Ensuite vous réalisez des entailles des deux côtés du poisson et vous y posez des tranches d’ail. Vous assaisonnez de citron, de poivre, de sel. Pendant ce temps vous faites revenir votre oignon et votre poivron dans une poêle à feu doux. Cette préparation réalisée vous remplissez vos poissons avec. Et vous laisser mariner 3-4 heures à vous de gérer. Ensuite pour la cuisson vous avez le choix : four, poêle, barbecue. Pour l’accompagnement un riz avec une sauce au curry ou alors du gingembre et du persil.
Voilà  à vous de jouer du couteau… 

Bon ap', ou nooshedjam

 Par contre n’oubliez pas comme moi de redescendre sur Terre. C’est vrai qu’en France on possède une des meilleures cuisines du monde de l’entrée au digestif. Mais parfois notre orgueil nous joue des tours. Récemment on est tombés avec le Benj’ sur un article relatant des faits à propos de l’obtention des jeux olympiques de 2012. C’est une scène qui se déroule en juillet de l’année 2005. C’est une réunion au sommet. L’ultime pour le titre. Et Chérie Blair la femme du premier sinistre de l’époque rue dans les brancards et fait face à notre Chichi national. Elle lui hurle dessus. Pourquoi ? Trois jours plutôt Chichi avait tenu des propos très gaulois au sommet du G8. En effet s’adressant à Poutine et Schröder il leur glisse un « vous ne pouvez pas vous fier à un peuple qui cuisine aussi mal, après la Finlande, la Grande-Bretagne est le pays qui cuisine le plus mal ». Vous comprenez maintenant la colère de la Chérie. Chichi ne supportant pas l’hystérie de cette dernière a fichu le camp sans prendre le temps de rencontrer les gens qui comptent. Le lendemain, Paris, pourtant favori, est battu. 54 votes contre 50. Sur la centaine de votants, deux étaient finlandais. Well-done !!

Charpi

Le fun de la semaine : On a conduit à Téhéran dans une Saba Seipa locale et franchement ça vaut le coup c’est un des must touristiques ici.
La pompe à vélo : Bon on en remet une couche mais l’enfer du bureau des étrangers à Téhéran juste pour obtenir un renouvellement de visa. Jamais vu autant de pratique onanienne de ma vie. Et puis merci également au gouvernement turkmène qui nous oblige à rentrer tel jour à telle heure dans leur pays, à savoir le 10 novembre désormais, car il y aurait trop de touristes dans le pays. C’est une blague ?? Quand tu sais qu’on ne peut pas récupérer notre visa turkmène tant que nos passeports n’ont pas été visés côté iranien. Tu apprends la patience vraiment.
Le frelon d’or : un anniversaire surprise préparé par le Benj’ et toute la troupe d’ami(es) que nous avons ici. INOUBLIABLE !!! Merci mon Benj’.

Ps musical de Charpi : a natural disaster, de anathema
Ps musical de Benjo : ranandegi dar masti, de shahin najafi

BONUS
Sur les bons conseils de Mika on rajoute une rubrique. Les couillonades respectives de Charpi et Benjo.
La couillonade de Charpi : Rien que pour vos yeux je me suis teinte en brune.
La couillonade de Benjo : On s’est fait enfumer deux cents dollars par un acteur de première (remember previous post). J’ai rien lâché, j’ai fait du Benjo mais ça n’a servi à rien. Le Bazar maintenant c’est comme chez moi j’ai effectué trois millions d’aller-retour. J’ai vu tout le monde sauf le bon.  

27 oct. 2012



Visa.con : ambrassades et conspulats


Visa.con ou paperasse.con ou emmerdements.con c’est selon. Vous pouvez substituer le .con par .ouzbekistan .turkmenistan .china voire .france pour les iraniens.
Fini Schengen, fini la Turquie accueillante, « bien » venu en Asie ! Dans tous ces pays, il faut payer un droit de passage et parfois cela ne suffit pas. Pas moyen d’entrer au Pakistan ou en Afghanistan par la voie diplomatique habituelle. Donc, du floose pour ces pays mais aussi de la paperasse en veux-tu en voila. Paradoxal, ces pays requièrent des visas pour qu’on entre alors que personne ne veux y aller. Y aurait-il plus de touristes s’il n’y avait pas de visa ?
Un visa c’est un beau papier sur le passeport avec le tampon du pays d’accueil et les dates d’entrées et sorties. Le seul point positif pour nous, voyageur, c’est le souvenir sur le passeport. Franchement, on aurait pu faire sans ces souvenirs.
On galère pour quelques papiers, mais on a déjà la chance de pouvoir voyager. Pendant ces pertes de temps interminables, on pense à nos potes iraniens dont l’Europe et d’autres pays ferment les frontières…
Pour quasiment tous les pays il faut une lettre de recommandation de l’ambassade de France avec cirage de pompe en bonne et due forme pour le pays quémandé. Soit. Néanmoins, quand vous reviendrez dans le coin, n’hésitez pas à en faire des fausses, c’est ce que firent un anglais et un espagnol que nous avons croisés, ils passeront donc par l’Afghanistan.
Notre projet initial était donc d’arriver en Iran, ça c’est fait, puis de monter au nord via le Turkménistan, l’Ouzbékistan… pour arriver en Chine puis l’Asie du Sud-est. A Tehran, capitale régionale voire mondiale, on peut faire les démarches pour nombre de ces pays donc on s’est lancés. D’abord, consulter les sites internet officiels mais surtout les forums et blogs sur le sujet (mais avec la vitesse du web ici, ce n’est pas la panacée) ; puis téléphoner dans les ambassades pour confirmation (et donc bosser son russe pour l’Asie centrale) ; et enfin se rendre sur place.
Le visa de l’Iran est bien le plus simple à avoir : deux heures de temps à Trabzon, en Turquie.
Par contre, on a du faire 7-8 allers-retours aux ambassades d’Ouzbékistan et Chine, qui sont à côté. Il manque toujours un truc. D’abord, trouver un taxi pour y aller. Pas un ne connaît le quartier et ne parle anglais. Puis, arriver entre 9h et 11h, ce qui fait une fenêtre de tir relativement courte. Enfin, avoir les papiers : copies des passeports, des visas iraniens, photos de bonne taille (différente selon les pays), lettre de l’ambassade de France, « application form » à imprimer sur internet,… ça parait simple à première vue mais ça ne l’est vraiment pas. Ne pas oublier de prendre avec soi sa patience et ses meilleurs sourires diplomatiques.
Exemple pour la Chine. On y va une première fois, on a de la chance, Charpi double toute la file d’attente pour demander les papiers requis (sans rien demander mais le soldat aime sa tête de blond et son k-way bleu fluo). La paperasse habituelle, ainsi qu’un aller/retour en avion ! Bon, on en fait un fake dans une agence de voyage (pour vous dire à quel point c’est de l’onanisme diplomatique), on revient trois semaines plus tard (entre temps on a voyagé), et l’ambassade est exceptionnellement fermée. Ma foi, on revient le lendemain, tout heureux avec nos paplars, on trouve la guichetière qui parle anglais, plutôt bien il faut le dire, et elle nous annonce qu’il faut désormais une résidence en Iran ou posséder un passeport local pour demander un visa chinois ! Rrrrrhhhhh t’es bien mignonne mais on est touristes français ! Rien à faire… pas de visa chinois depuis Tehran, espérons que ce ne soit pas les mêmes obligations dans les pays suivants.

Les visas c'est le bordel, faut en vouloir
 
Pour l’Ouzbékistan, on fait à chaque fois la queue avec les agences de camionneurs… on a deux passeports et 150$ ; ils en ont des dizaines… et donc des milliers, en grosses coupures. Pour avoir écrit sur l’ « application form » que j’avais bossé dans la sécurité, il nous a fallu maintes courbades pour leur démontrer que je n’allais pas poser un problème de sécurité dans leur pays. Chaque mot est important. Ok maintenant je serai ostréiculteur.
Pour le Turkménistan, on ne peut avoir qu’un visa de transit (3 ou 5 jours on verra). En arrivant à l’ambassade, on remarque tout de suite ce chaleureux accueil qui semble caractériser le gouvernement. Même nos potes Khameni et Khomeni paraissent sympathiques à côté de ce gars, un remède contre l’amour (de son pays en l’occurrence). Pas moyen de demander une once d’effort, on aura nos visas le 30 octobre pour passer la frontière le 1er novembre. Alors que le visa iranien se termine le 30… le pouvoir diplomatique a parlé, on la ferme.
THE news of the week, ce sont nos amis kirghizes qui ont supprimé les visas d’entrées il y a trois mois pour quelques pays dont le nôtre. Si ça vous dit un petit aller-retour Paris - Bichkek, la voie est libre.

Avec Charpi l’itinéraire initial nous emmenait dans ces pays d’Asie Centrale. Mais. Mais par « chance », un français attendant avec nous devant l’ambassade d’Ouzbékistan nous avait parlé d’un « passeur » pour le Pakistan, un gars qui peut nous avoir des visas au black, car c’est impossible pour nous français de l’avoir par la voie diplomatique habituelle. Arf, why not se dit-on. Puis le lendemain on croise ce gars « par hasard » (ça commence à faire beaucoup de guillemets vous ne trouvez pas ?) au bazar de Tehran : il peut nous avoir des visas, par un pote qui bosse à l’ambassade.
Petit à petit on se fait à l’idée, pourquoi ne pas passer par cette route, on courra un peu moins qu’au Nord, on traversera l’Inde du sud puis la Birmanie, ça semble sympa. On croise un français à Esfahan, il est resté six semaines au Pakistan, a adoré ce pays, et il nous décharge d’une bonne partie de nos doutes sur la sécurité dans le pays.
En rentrant à Tehran on recontacte Ali le passeur dans le bazar. Le contact est bon, on est sur nos gardes mais on prend confiance. La première fois il nous déconseille carrément d’aller dans ce pays, trop dangereux. Soit. On le recroise deux trois fois pour parler affaires. Et là messieurs dames et mesdames on a affaire au plus grand arnacteur de tous les temps : à côté de cela Di Caprio est marchand de tapis, Audrey Hepburn est caissière à Mammouth et Christophe Maé est... Christophe Maé (oui ça n’a rien à voir mais tant pis, c’est gratuit).
Allez, on plonge, mais surtout on ne regarde pas plus si la piscine est remplie d’eau ou d’huile de vidange. On lui file 200 $ et tous les documents nécessaires (il voulait la totalité pour les visas d’Inde et Pakistan, soit le double, vous voyez on n’est pas si crédule^^). On se rend compte assez rapidement de l’arnaque car il est injoignable… dans le fion !! Ca nous apprendra à faire goozgooz nakom baba (« les malins », oui je me la raconte en farsi).

Sympa ce visa... mais ce n'est pas le notre

Soit, on est bien dégoutés. Déjà pour les 200 $ mais surtout pour la route du Sud. Perso j’ai vraiment la mort contre ce gars et contre nous. Mais on n’a pas grand-chose à se reprocher sur l’impression que nous a faite le gars. Si on le retrouve, on le présente à la Warner ou à Hazanivicius. En même temps c’est son job d’arnaquer le touriste, il se doit d’être compétent. Félicitations mon gars !
Néanmoins il a fait une erreur ce bougre de charlatan. Dans une de nos nombreuses balades dans le bazar, il nous a fait prendre un thé chez un « ami », vendeur de chaussures.
Charpi qui commence à me connaître sait que dans ces moments où ça monte, faut juste pas me parler, il passe le message aux potes iraniens. Le jour même, ce dimanche, je décide donc de filer seul au bazar avec je ne sais quel espoir. Je reste une demi-heure à la sortie du métro à essayer d’apercevoir Ali mais autant chercher un américain en Iran. Je file par désespoir de cause voir le marchand de godasse, Hamid, le fameux « ami ».
Et là plutôt bonne surprise, il est à mon écoute et me supporte (et parle un peu anglais !). Bon, avant toute discussion, il me fait fumer la shisha et boire le thé (il a aussi un shisha-shop). Il me dit qu’il va m’aider. Il est désolé pour moi mais regrette surtout l’image que cela donne à son pays qui n’est déjà pas au mieux sur la scène internationale. Il appelle deux trois gars du bazar, ça défile sous la pipette, tous sont désolés pour moi. Le temps passe, on fume, il téléphone, il me parle du pays, on boit, on regarde du foot à la télé, on boit, on fume, la salle ressemble de plus en plus à un aquarium… On sort, ouf !
Malgré sa taille gigantesque, tout le monde se connaît au bazar. Là, deux trois autres amis d’Hamid et connaissances d’Ahad (et non plus Ali, le faux nom du faux passeur) s’énervent après l’arnacteur. Un petit vieux tout rabougris « s’il repasse par là je lui mets une droite » me mime-t-il. Hamid fait débarquer le frérot d’Ahad. Ça ne rigole plus, on est dans le magasin de chaussures, du monde tout autour, c’est la foire, ça tracte et je ne comprends pas grand-chose. Après des coups de fils, des gars qui vont et viennent, Hamid me dit que l’arnacteur rapportera le pognon ce lundi. Yeahhhhhh Aaliye (« c’est bon ça », en farsi) !
Je reviens le lendemain, évidemment rien du tout. Shisha et thés quand-même. Hamid me conseille d’appeler les flics. Alors oui, pourquoi pas avoir à faire avec la police du pays qui a le record d’exécution par habitants depuis des années, mais il faut savoir aussi qu’on est en tort dans cette affaire ! Les visas au black ce n’est pas recommandé parait-il.
Ok, après acquiescement de notre hôte Grogol par téléphone, on décide d’appeler les flics. Au pire je feindrai la naïveté devant un gars qui proposait des visas, tout simplement. Moi aussi je peux faire mon acteur ! Je n’en n’aurai pas besoin. Le flic arrive en moto, armé mais pas trop. On est dans le magasin de shoes qui se trouve à l’angle d’une des plus grosses entrées, et qui est l’entrée des marchandises aussi. Hamid lui raconte l’histoire, il prend des notes, il boit le thé. Mais pas la shisha faut pas abuser.
« Here the police is very good you know » Oui oui Hamid t’es bien gentil de m’aider je ne vais pas te contredire.

Ma deposition : c'est clair non ?!

Je suis assis, les deux discutent debout dans ces 5m² où passent les clients, les voisins, les potes : le bordel quoi ! Au beau milieu des débats, Hamid remonte la fermeture éclaire de la veste du flic qui ne réagit pas, normal ! Vers la fin, Hamid lui tape un morceau de grosse bise baveuse dans le cou ! Heureusement je suis déjà assis. Mais c’est pas fini, le flic prend une brosse et s’astique les pompes. Je suis mort de rire intérieurement, c’est un gag cette histoire ! Après ça il me lance (alors qu’il ne m’a pas adressé la parole jusque là) :
« Doumash ?! »
Moi, interloqué et en regardant Hamid : « Quoi, ké qui dit ? »
Le flic, encore : « Doumash, Doumash ?! »
Moi : « Chi ? Bebarshid, ne mifahmam » (quoi ? désolé je ne comprends pas »)
Le flic : « Alexand Doumash ?! »
AHHHHHHH d’accord, Alexandre Dumas !!! Puis il me débite tout son amour de la littérature française, avec un accent à faire pâlir tout tourangeau qui se respecte : Victor Hugo, Emile Zola, Voltaire… et le plus célèbre d’entre eux Zinedine Zidane, ah oui quand-même faut pas déconner trop longtemps. J’ai de la « chance » je suis tombé sur un flic francophile.
Le flic : « Et la police, elle est bien en France ? »
Et là je lui rétorque un peu hâtivement : « Ca dépend ». Aie, je sens que ça l’irrite, il attendait une autre réponse. Faisant référence au même prof’ d’hypocrisie contemporaine que Mat’, je luis lance « mais avec moi ça va il n’y a pas de problème ». Le voila rassuré.
On signe une « déposition » : un double sera transmis au frère d’Ahad l’arnacteur. S’il ne ramène pas l’argent dans les deux jours, la Police ira le voir chez lui. Ça sent plutôt bon.

Quatre jours après, les flics n’arrivent pas à le trouver… ça sent le roussi cette histoire.
Je suis retourné plusieurs fois au bazar dans la semaine, et sur le chemin entre le métro et le magasin de shoes (et de shisha-thés, encore !!!!!!), je ne fais pas plus le malin que ça, je suis quand-même au milieu du bazar de Tehran, un « mafieu » comme les gars l’appellent ici, est recherché par les flics par ma faute… Un gars va-t-il m’attraper dans le dos ? Un autre va-t-sortir d’un magasin ? Vais-je prendre un coup-bas par un gars que je croise dans ces embouteillages humains... ? Y’a peu de risques mais je n’évolue pas à domicile, donc je ne fais pas trop le fier et je reste sur mes gardes.
Le bazar c’est hallucinant en tant que touriste, ça grouille de partout, on en prend pleins les yeux. Mais pour commencer à le fréquenter un peu comme un téhéranais, je ressens beaucoup plus cette oppression incessante, un milieu ultra masculin (au moins pour cette partie du bazar). A côté de gens tranquillou comme Hamid qui enchainent les shisha-thés, les transporteurs de marchandises sur chariots supers tendus. Mélange particulier où les premiers calment les seconds qui s’énervent entre eux pour un rien. La violence est latente avec ces allées et venues incessantes de marchandises dans un espace hyper réduit, et parfois elle éclate.
J’en profite quand même pour taper la discut’ avec le frérot de François Hollande qui passe par là : « Bon le frangin en France, il galère ou bien ? ».

Bien ou bien ?

On verra bien si l’on récupère l’argent. Ce n’est pas le plus important. On veut surtout qu’il ne recommence pas avec d’autres couillons, ce serait déjà pas mal. On est surtout déçu de ne pas passer au Pakistan et Inde, on s’y était fait. Et on va devoir courir un peu car on doit être dans moins de deux mois en Thaïlande (on ne dira pas pour quoi et pour qui^^). Cerise sur le gâteau, on a renvoyé nos duvets (et Charpi, sa doudoune) en France car on pensait ne plus en avoir besoin jusqu’en Amérique du Sud ! On va se les geler !
Mais don’t worry, ça va être énorme aussi cette aventure en Asie Centrale et Chine. De toute façon, du temps qu’on découvre des choses... On devrait être servis.

Frelon d’or : Bon voyage en France Grogol ! Si tu passes par la région lyonnaise…
Pompe à vélo : L’autre jour Mahdi appelle Mat’ « Viens voir sur mon balcon, vite », Mat’ interloqué se précipite. Tout ému, à regarder le ciel, « incroyable, des étoiles ! ». Il habite là depuis belle lurette, c’est la première fois qu’il en voit… pollution quand tu nous tiens.
Le fun : Après le CouchHôtel en Turquie avec Samia et Lise, « Viens chez moi j’habite chez une copine » : on a enfin réussi à virer notre logeuse ! Tranquille, on a l’appart à Tehran, si ça vous dit de nous rendre visite.

Benjo

PS Musical de Benjo : I’ll see you in my dreams, de Django Reinhardt
PS Musical de Charpi : Elevation of love, Esbjorn Svensson Trio

21 oct. 2012


Les off du 13h

Internet qui fonctionne ! yeah !!!

« Mais de quoi les iraniens ont-ils peur ? Qui ne veulent-ils pas voir dans leur pays ? ». C’est en substance les questions que l’on m’a posé l’autre jour depuis la France. Après plus d’un mois et demi ici, cette question m’a paru vraiment surréaliste (désolé pour les auteurs des dites questions). Et une autre personne en France il y a une semaine à qui l’on faisait aisément croire qu’ils avaient fermé les frontières, qu’on nous avait confisqué les passeports etc. (non, on ne dira pas que c’est notre pote Mika).
En Occident, il est vrai qu’on n’est pas aidés par les medias. Quand on nous parle de l’Iran c’est pour évoquer les pressions des instances internationales, le conflit toujours latent avec Israël, et les belles paroles du Président Ahmadinejad. Ça va rarement plus loin. On évoque donc les manifs du peuple iranien contre l’ambassade suite aux caricatures de Charlie Hebdo. Alors que celles-ci ne venaient pas du peuple mais ont été organisées par le gouvernement et ont été peu suivies (pour preuve l’ambassade n’a été fermée qu’une journée). Il n’est certes pas aisé de travailler ici pour les médias étrangers, les reportages intéressant ne sont pas légions, mais ils existent. Chers médias prenez un peu des risques et chère populasse, cherche l’info cachée derrière le 13h de JP Pernaud !
Avec ces remarques des amis ou ces sujets de médias, on se rend compte de la cécité qui existe entre l’Occident et l’Iran. Rassurez-vous, c’était la même chose pour nous il y a encore deux mois, nous aussi on a été franchement surpris lorsque l'on a constaté, entre autres, qu’il y avait l’eau potable dans toutes les habitations. Avec ce post, je vais essayer de vous apporter un éclairage sur ce que vivent les iraniens ici, ainsi vous pourrez le remettre en perspective avec les dérives médiatiques.
Certes ce ne sera qu’une analyse partielle. Notamment car nous n’avons pas rencontré toutes les couches de la population. On traine principalement avec la classe moyenne « intello ». La classe ultra-riche on la croise tous les jours mais on la fréquente peu. La classe « pauvre » elle est très présente aussi, on échange tous les jours mais ça reste en surface. Toutefois, au vu des contestations suite aux élections de 2009, on peut imaginer qu’une bonne part des iraniens est d’accord avec ce qui va suivre et souhaite une évolution de leur pays.

"petit" bazar dans notre quqrtier de Tajrish, a Tehran


Je crois qu’il faut vraiment que l’on ait un œil nouveau sur ce pays, sur ces gens. Et sur ce qu’ils vivent au quotidien.
Le pays regorge de sites naturels et de monuments magnifiques, chargés d’histoires. Rien que pour ça, cela mérite le détour. Et pourtant on ne croise quasi aucun touriste étranger. Mais surtout, on en a apprit sur la population, et croyez-le ou pas : ils sont comme nous !!! Les mêmes délires, les mêmes aspirations, les mêmes problèmes. Ah non, là ça diffère.
Pour ce qui est des délires eh bien il n’y a pas grand-chose à expliquer. On a passé deux grands week-ends à l’extérieur de Tehran avec la bande de potes et… eh bien on fait les mêmes choses qu’en France ! Soirée avec alcool (bien qu’interdit) et quelques psychotropes, poker, musique, danse, un bon barbecue en racontant des conneries à se rouler par terre. Rajoutez-y une balade et pique-nique dans la jungle comme ils l’appellent ici (une forêt en fait), un tour à la mer… Faisons-nous ça différemment dans le pays du béret-baguette ? En plus avec Charpi on est tombés sur une joyeuse troupe d’artistes : sculptrice, designer, musiciens, dessinateur, photographe, cameraman… de quoi pouvions-nous nous plaindre ?!

Petit aparté cocorico : pendant ce second séjour Charpi a gagné le tournoi de poker tandis que je remportais brillamment celui de Backgammon, sport national. Et Bim ! Faut quand-même pas oublier de bien leur montrer qui sont les patrons.

Pour ce qui est des aspirations, elles sont similaires. Ils aspirent à faire des études, ne pas galérer à chaque fin de mois, mais aussi passer du bon temps vous l’aurez compris, voir des concerts, se balader librement dans la rue, sans hijab pour les filles et en short pour les gars, se baigner sur une plage commune… et aussi voyager ! Ils veulent voir le monde, l’Autre, voir les différences autrement que par la télé câblée et l’internet très bas débit. Comme nous nous pouvons le faire.
Là intervient la différence : les problèmes. Ils sont bien différents ici. Il y en a chez nous bien sûr, et ça ne va pas franchement en s’améliorant . Mais ici c’est un autre niveau. Ils ont la liberté que veut bien leur donner le gouvernement (et les mollahs qui tiennent tout ça) : juste assez pour éviter les révoltes. A les voir tous les jours, on croirait que tout va bien, ils rigolent avec nous, sortent dans la rues, s’habillent « à la mode ». Mais c’est un leurre. On a eu des discussions avec à peu près tous nos amis ici et ils en reviennent tous à cette frustration, cette impuissance. Pour certains : cette malédiction d’être nés ici et à cette époque. On devine une certaine tristesse, un abattement.
Ce qui nous fait donc une belle tripotée d’emmerdements au quotidien :
-         Ils subissent, même si cela est relativement rare, des contrôles plus qu’intimidants dans les rues par la police « secrète » ; il y a la police des mœurs (notamment pour le contrôle de la tenue vestimentaire des femmes),
-       hier une trentaine de motards militaires tournaient dans les rues, armés jusqu’aux dents avec lance-grenades (pas le fruit malheureusement), mitraillettes, matraques et consort. « Simplement pour se montrer et foutre la pression » nous dit notre hôte. Et encore, on sort dans la rue sans grande crainte, pas comme le quartier Sessine de Beyrouth en ce moment…
-          il y a très peu de concerts, les paroles et le style musical étant de plus soumis à censure,
-          évidemment pas de bar où boire un verre alcoolisé, pas de dancefloor sinon traditionnel,
-          les sports sont séparés et (donc ?) peu pratiqués.
-       l’internet est ralenti au maximum et tous ne connaissent pas le secret de l’anti-filtre (en plus depuis trois semaines Google, Gmail… sont bloqués tout comme Facebook et d’autres),
-      et au-delà du quotidien : ils n’ont pas le choix officiel de la religion car ils sont musulmans de naissance (tu me diras en Suède c’est la même chose version catholique), les hommes doivent faire presque deux ans de service militaire pour avoir leur passeport s’ils veulent filer à l’étranger,…
-         Et pour arroser le tout, la monnaie perd en ce moment toute valeur par rapport à l’euro et au dollar. Début septembre 1€ = 27 000 Iranian Rials, mi-octobre 1€ = 45 000 Iranian Rials.
-          … et si c’était comme ça chez nous ?

Vous voyez c'est comme en France, une photo entre amis...

Comment se rebeller ? Notre hôte Javad de Esfahan a bien tenté et en a fait les frais. Il a frisé la correctionnelle. A force d’accueillir des Couchsurfeurs (800 en six ans !), il s’est retrouvé au poste de la police secrète pour propos peu amènes envers les mollahs sur le quotidien allemand Die Zeitung (à son insu évidemment). Il a été sauvé par le meilleur ami de son oncle, placé tout en haut de l’échiquier policier. Il a aussi une belle cicatrice sur le front, souvenir d’une matraque de 2009.
En parlant de matraque, Farzaneh, une bonne amie sur Tehran tente de se faire entendre à travers son art, la sculpture. En début d’année elle a réalisé une exposition sur le sujet. Lourde de sens, sous pression, mais elle l’a fait. Sa façon de protester. Elle travaille sur la prochaine expo : le jeu d’échecs.
Par contre il ne faut pas dépasser les bornes. Un ami de Grogol (notre hôte), qui avait tendance à écrire un peut trop sur la société iranienne et ses dysfonctionnements  bien que n’ayant jamais publié ni même distribué ses écrits à ses amis, s’est vu offrir une chambre tout frais payés dans les geôles perses pendant un an. Sa famille ayant subi des pressions, il a rebouché son stylo et est parti à la campagne, se faisant le plus discret possible.

Les iraniens voient l’étranger et veulent y aller. Avant la révolution de 1979, ils pouvaient voyager quasiment sur toute la planète. Aujourd’hui seuls quelques pays les acceptent facilement. La Turquie, la Malaisie, l’Inde et Dubaï étant leurs destinations « préférées ». Certaines des personnes que nous avons rencontré nous racontent leurs séjours à l’étranger : « J’étais à Dubaï, je pouvais boire une bière en short dans la rue, en discutant tranquillement avec ma copine non voilée », ou alors « Yeah l’Italie, ses plages avec ses femmes en maillot de bain ». Eh oui, on n’y pense jamais assez…
Ici ils sont bloqués, et le problème c’est qu’ils en sont conscients. Ils voient tout ce qui se passe dans les pays occidentaux mais ne peuvent que regarder. Injustice. L’espace Schengen est un doux rêve pour eux, que peut arrivent à transformer en réalité. Ils veulent venir voir, notamment cette culture qui nous entoure au quotidien. Quel chance d’avoir un Louvre ou l’embarras du choix des concerts ! Ça nous parait évident chez nous mais ici le concert de jazz-funk qui avait lieu l’autre jour dans la capitale de 15 millions d’habitants était un événement en soi.

Ile d'Hormoz, dans le detroit du meme nom : splendide ! Avec un tour guide de premier choix rencontre par hasard

Nos amis sont notamment attirés par la France. Grogol a voulu apprendre notre langue en écoutant Francis Cabrel et sa moustache de feu ; Mahdi (le designer mari de la sculptrice Farzaneh) c’était en écoutant « Le baiser » d’Alain Souchon et sa fantastique moumoute bouclée.
Ok, objectif France. Mais là intervient le problème des visas. Si nous, européens, pouvons venir en Iran comme bon nous semble (mais on ne le fait pas), pour eux c’est quasi impossible. En gros, une demande sur dix est acceptée. L’ambassade, et donc le gouvernement français, ont peur que les iraniens restent en France. Si cela est vrai pour certains, ce n’est pas le cas pour la grande majorité. Les multiples preuves de bonne fois qu’ils fournissent pour leur demande de visa devraient suffire à les persuader, mais ce n’est pas le cas. Injustice, encore.
Notre pote Mohammad, que j’appelle affectueusement Jean-Mahmoud en hommage à son bon Président (il m’appelle Jean-François mais je ne sais pas pourquoi), s’est vu refuser sa demande hier. Il voulait simplement voir sa copine qui passe six mois à Paris pour finir ses études, et qui a vraiment besoin de le voir car elle galère dans ses quelques mètres carrés sous les toits. On était avec lui devant l’ambassade pour l’attente de la réponse, une trentaine de personnes espérant comme lui, avec anxiété. On se croyait à l’annonce des résultats du Bac. Mais cette fois-ci les compétences n’avaient rien à voir dans cette histoire. Les reçus avaient la cinquantaine passée (peu de chance qu’ils viennent piquer du boulot en France) et étaient plutôt bien sapés. A Momo, on lui a officiellement signifié : « les informations communiquées pour justifier l’objet et les conditions du séjour envisagé ne sont pas fiables ». Soit…
L’excellentissime nouvelle de la matinée est pour Grogol à qui notre bon pays a fourni un visa pour qu’elle rende visite à son copain français ! Elle fait partie des 10% ! Probablement car elle est prof de français, et qu’elle diffuse la culture du pays des Lumières (!) à l’étranger. Sohrab son frère est aussi vraiment heureux pour elle : « three months out of this hell, it’s great for her ».

Vers la Caspienne

Ces iraniens sont donc comme nous mais n’ont pas les mêmes libertés, tout simplement. Imaginons-nous un peu à leur place, ou imaginons-nous en France, avec quelques potes ça et là qui ont toutes ces privations, non pas par choix mais par naissance. Ça ferait bizarre non ?! On n’est pas naïf, on savait que ça existait sur cette petite terre (voire en France), et il y a pire bien sûr. Mais pour l’Iran, cela est couplé à l’image que l’on a de ce pays depuis l’Occident. Ils subissent l’injustice au quotidien et on a un œil encore plus injuste sur ce qu’ils « seraient ». Qu’on change d’avis, qu’on soit plus juste envers eux.

Pour en revenir aux questions de l’intro : à part les réac’ fondamentalistes, tout les iraniens sont heureux de voir des étrangers, d’où qu’ils viennent. Au contraire, cela leur permet de voyager, c’est leur fenêtre sur le monde. Par ailleurs, non, les frontières ne sont pas fermées, mais vu l’accueil de ce peuple, on serait tenté de prolonger encore le séjour…

Le frelon d’or : le visa de Grogol ! Bon voyage de part chez nous.
La pompe à vélo : le refus de visa de Momo.
Le fun : la version yaourt de « Je ne regrette rien » par Momo. Extraordinaire. Si on regarde bien c’est quand-même très compliqué à prononcer tout ces « r » pour un étranger.

Benjo

PS musical de Benjo : Mistake, du groupe underground Radio Tehran
PS musical de Charpi : Clocks, de Coldplay feat. Buena Vista Social Club (en plus ça fait parti d’un projet appelé APE artist project earth dont les fonds sont reversés à des actions pour lutter en faveur de l’environnement)
PS du PS musical : pour les non experts d'internet, il vous suffit d'appuyer sur le titre de la chanson pour l'écouter !

Si ça vous dit, allez jeter un coup d’œil sur les sites de nos amis Mahdi et Fafa, artistes réputés dans le pays :
www.mehdifatehi.com le designer
www.mahartgallery.com la sculptrice (mettre en anglais, sauf si vous lisez le farsi, aller à Farzaneh Hoseini)