5 janv. 2013

La Chine en vrac
Le post sans transition.

Allez, je m’y mets. Sans le Charpi, un peu moins de motiv’ pour écrire. Mais je sens que ça va venir en commençant à tapoter sur la machine.
Eh oui, on s’est séparé en bonne et due forme avec le binôme. Il a continué son périple sur les routes lessivées de la Chine, du Laos et de la Thaïlande pour rejoindre sa promise sous les cocotiers. Perso, je n’ai pas gaspillé un jour de visa en Chine, à savoir trente. Un mois en Chine c’est un peu comme un mois en Europe : c’est court. Je me suis donc cantonné à la route pour le sud-est asiatique, à savoir les provinces du Sichuan (capitale, Chengdu) et du Yunnan (Kunming).
Ce n’est donc qu’un aperçu, et comme c’est délicat de faire une analyse poussée à partir d’une visite partielle, je vais enchainer des paragraphes en vrac ! Ce qui m’a surprit, le quotidien des gens, la nourriture, les visites, le bouddhisme…  pleins de trucs, mais sans transition (ou presque). A vous de piocher infos et impressions comme bon vous semble (ce post est quelque peu long mais ça ne servait rien d’en faire deux, donc prenez votre temps, mais bossez quand-même un peu, vous êtes au boulot faudrait pas oublier^^). (Désolé c’est pas drôle).

Le point « Différent hihihi ».
Oui en Chine on est différents et ça se voit ! Dans certaines zones il y a très peu de foreigners comme on nous appelle ici. Certaines personnes n’en n’ont jamais vu. C’est surtout le cas dans le pays ouïghour (post précèdent) mais ça continue encore au centre du pays. Dans la plupart des endroits où je passe je suis le plus grand, et on me le fait souvent remarquer ; en plus avec la barbe, je passe encore moins inaperçu. Les regards de certaines personnes semblent dire « mais qu’es-ce que c’est que ce grand machin ?! ».
Phénomène intéressant, on nous prend souvent en photo, parfois en feintant, souvent en nous demandant. C’est marrant, je dois être sur des dizaines de photos QQ (le facebook local)… et les demoiselles sont souvent au taquet, avec leur rire hihihi, y’a de quoi prendre rapidement confiance^^. Un espagnol croisé dans le coin avait même accroché une pancarte « 10 yuan » (1,2 €) pour que les chinois prennent des photos avec lui et ça marchait super bien ! Je ne suis pas encore à sec, je n’ai pas osé.
Comme c’est le cas pour les asiatiques en Europe, j’ai bien essuyé quelques fucking foreigners (en mandarin). On va dire que ça fait parti du folklore local.

Mélange d'ancien et de moderne

Le point « je me ballade dans les rues et la campagne ».
Je n’ai pas vu la Chine de l’Est (Pekin, Shangai, Hong-Kong…), donc ma vision est restée assez campagnarde. Néanmoins, dans les grandes villes on croise des jeunes hommes habillés en manga japonais ou des filles en jupes dentelles affriolantes façon Barbie. Les coupes de cheveux sont quelque peu farfelues et de toutes les couleurs. Indéboulonnables de leurs Iphone, ce sont les jeunes des classes moyennes ou hautes. A côté de ça, dans les villes mais surtout les campagnes, les classes pauvres. Ils tirent les pousse-pousse (!), vendent trois oranges et quelques châtaignes (oui oui un produit typiquement ardéchois !), bêchent la terre à l’ancienne, et mendient pour certains.
Il y a une grande différence entre les habitants des villages, laissés à l’écart de la modernisation, et les habitants des villes, qui tentent de trouver leur bonheur matériel. Comme en France il y a quelques décennies, il y a actuellement un fort exode rural, mais à voir ces populations dans ces grandes villes, beaucoup restent encore au bord de la route. La pauvreté est encore plus visible dans les villes car on peut la comparer directement aux luxurieuses voitures et enseignes françaises ou italiennes. Comme on me l’expliquait, la protection sociale ne fonctionne pas très bien ici. Tu m’étonnes. En sont notamment victimes les personnes âgées, beaucoup errent dans les rues à vendre quelques broutilles. Voir des jeunes mendier n’est pas bien drôle, mais les vieux ce n’est pas mieux. Ils ont déjà galéré toute leur vie et se retrouvent au même point aujourd’hui…
J’ai été assez choqué par les relations entre ces classes. J’ai observé un vrai mépris entre le pauvre vendeur et le riche client (par ailleurs fort sympathique) qui ne dit jamais bonjour ni merci ni merde. Et le vendeur ne dit rien, il est à son service quoi qu’il en soit, c’est comme ça et puis c’est tout ! Communisme où es-tu ?
En se baladant dans le Yunnan, on rencontre d’autres peuples que les majoritaires Han. Ils ne sont pas déguisés en manga et Barbie mais portent leurs habits traditionnels, généralement forts colorés et leurs peaux affichent un teint plus bronzé. Des 56 minorités en Chine, 26 sont implantées au Yunnan : les Naxi, Bai, Dai, Hani... Langue, écriture, habit, tradition, musique, religion… chacun sont style ! Certaines nationalités ne comptent plus que deux milles personnes, d’autres en comptent encore plusieurs millions. Apparemment, le gouvernement chinois les laisse plutôt tranquille. Sauf certains comme les tibétains bien sûr, j’y reviendrai. Et les jeunes générations ont tendances à répondre aux sirènes des grandes métropoles… combien de décennies ces peuples vont-ils garder leurs différences ?

Habits traditionnels de minorités du Yunnan

Le point « famille je vous aime ».
Les relations à l’intérieur des familles semblent bien plus fortes ici qu’en Occident. On vit encore à deux ou trois générations sous le même toit et si possible on ne laisse personne sur le carreau. Mais cela entraîne des pressions sur les jeunes générations qui peuvent difficilement se défaire de la tradition et, par exemple, filer étudier et vivre à l’étranger. J’en ai croisé plusieurs dans ce cas, déchiré entre leurs désirs d’aventures et la pression de la tradition… Celle-ci étant accentué car les enfants sont souvent des garçons ou filles uniques, faute à la politique mise en place dans les années soixante-dix.
Généralement cette politique semble avoir été suivie, je n’ai rencontré que des enfants uniques. Les femmes étaient (sont, encore) opérées pour empêcher toute nouvelle naissance. Mais comme toute loi, elle a été débordée par les ailes. Il est possible de payer pour avoir un second enfant, mais le prix est exorbitant au vu de ce qu’ils gagnent. Au-delà de ça plusieurs voies possibles. Pour les classes pauvres, surtout dans les campagnes, les femmes ont continué à avoir des enfants mais seul le premier avait une identité officielle, le droit d’aller à l’école etc. Pour les classes moyennes, il y avait toujours la possibilité d’aller accoucher aux Etats-Unis, l’enfant revenant avec la double nationalité. Enfin pour les riches, un bon gros bifton sous la table et cette loi n’a jamais existé.
J’écris plus ou moins au passé mais c’est toujours en pratique. Seulement aujourd’hui, si les deux parents ont ni frère ni sœur, ils peuvent avoir deux enfants, wouhou c’est la fête à la maison !
Et quand les enfants sont là, c’est la course à l’éducation. En tout cas à partir des classes moyennes qui ont un avenir en dehors des rues et des champs. Avec des classes allant de quarante à soixante-dix élèves par classes (quelque soit l’âge), ils bossent comme des fous pour arriver dans les premiers et assurer leur avenir… D’après ce que j’en ai entendu, leur enfance et adolescence n’a pas l’air bien drôle, et est rythmée par cette course à la première place.

Pause live : bon allez, il est 20h30, je vais sortir dans les rues de Sapa (quel pays ?) me faire une petite street food, en frayant mon chemin au milieu du brouillard, des mama hmongs (ceci est un indice) et des motos barjots. Bon ap’ !
…Le lendemain matin. Après avoir mangé hier soir un barbecue street food, j’ai rencontré un couple d’israéliens, puis dans le bar avec ma Bière Larue, des équatoriens, australiens… je reprends l’écriture ce matin.

Près de Dali, Yunnan

Le point « où sont les feeeeeemmes ? ».
Ont-elles leur place dans ce pays ? A première vue oui, quand je les croise dans les rues, dans les villages, ou dans le métro, je ne les sens pas à l’écart ou comme population de seconde zone comme ça pouvait être un peu le cas en Iran. D’ailleurs étrangement, les femmes font des boulots de mecs, pompiste par exemple ou plus étonnant encore, bossent sur les chantiers à charrier les sacs de ciments, les brouettes et autres moellons. L’égalité des sexes vue par le communisme. Mesdames si ça vous tente…
Particularité de quelques minorités du Yunnan, certaines sont matriarcales. Même si cela tend à la disparition, les femmes dirigent ces communautés. Par exemple, elles ont un mari (jusque là tout va bien) mais on le droit de sortir de la maison familiale tous les soirs pour aller voir l’homme qui les tente, et le mari laisse faire, c’est la tradition ! Mesdames, encore une fois, si ça vous tente…
Au-delà de ça, la femme n’est pas du tout l’égale de l’homme. En tout cas dans la classe moyenne/haute que j’ai fréquenté. Encore plus qu’en occident, les employeurs ne leurs font pas confiance et elles sont embauchées après les hommes. A la sortie de fac d’Ada (une chinoise de Kunming), tous les mecs ont été rapidement embauchés… aucune fille. Dans les esprits, leurs places est encore à la maison. Et quelque soit la classe, les filles m’ont dit qu’en raison de la politique de l’enfant unique, leurs parents auraient préféré avoir un garçon. Pour les aider au travail, pour garder le nom du père etc.
Ce classement en seconde zone des femmes se voit également dans les grandes entreprises ou en politique ou leur nombre est proche de zéro, ce qui n’aide pas à la défense de leurs droits. Ada veut s’engager dans ce combat en Chine…
On m’a également parlé dans cette classe un peu huppée, de la grande pression sur les jeunes hommes, qui aujourd’hui, s’ils veulent trouver une femme, doivent d’abord avoir travail, voiture et maison perso. Il faut rentrer dans le moule, et le plus vite possible. On me dit que les jeunes se marient de plus en plus tôt, qu’il y a de moins en moins de célibataires… l’inverse de chez nous, cela étant toujours porté selon moi, par cette course à la réussite, tant au travail que dans la vie de famille. Nombreuses sont les filles rencontrées qui ne cherchent qu’un riche mari en priorité, et on verra bien après pour les sentiments. J’ai bien essayé de rajouter des zéros sur mon compte pour paraitre riche…

Toujours dans la rubrique seconde zone, le point « Tibet ».
On en parle beaucoup en Europe… moins ici ! A l’origine, on voulait y faire un tour avec Charpi, mais pour entrer dans la Province, il faut un permis spécial, être un groupe de minimum cinq de la même nationalité et être accompagné d’un guide qu’il faut évidemment rémunérer. C’est étrange on dirait qu’ils ont quelque chose à cacher. On n’a dit non. J’ai apprit là-bas que les tibétains ne vivaient pas que dans la province du Tibet mais aussi dans les provinces voisines comme au Sichuan et au Yunnan. Mais j’ai été prit de court…
Comme on peut s’y attendre, les autorités cachent tout ce qui se passe là-bas. Et c’est plus facile d’entourlouper le chinois moyen quand toutes les télévisions gratuites sont tenues par Pékin. Donc la très grande majorité des chinois soutient le gouvernement ou au mieux, n’a pas d’avis. Par contre ceux qui ont accès à des infos venant de l’étranger ou pour les bouddhistes tibétains, c’est une toute autre affaire. Quelques faits, simplement :
En en parlant dans un bus avec Ada, elle n’a pas voulu citer le nom du Dalai Lama mais m’a montré une photo. C’est en effet interdit de le citer et un ami a elle, alors qu’ils mangeaient tranquillou au resto, s’est fait embarquer au poste car un flic l’avait entendu citer le nom d’un maitre bouddhiste. Ça ne déconne pas… Et ce n’est qu’un amuse-bouche. Elle prend actuellement des cours de conduite avec un jeune qui vient de finir son servir militaire au Tibet. Celui-ci était tout fière de lui dire qu’ils avaient fait plusieurs descentes dans des temples ou villages, liquidant froidement religieux et habitants afin de terroriser les esprits rebelles. Ça parait assez fou mais je n’ai pas de raison de ne pas la croire. Il a même fait des vidéos, mais n’est pas bien enclin à les faire passer. Si ces films pouvaient sortir sur la voie publique…
Et les monastères bouddhistes tibétains sont étroitement surveillés par Pékin, surtout ceux fréquentés par les touristes. Les Maitres sont suivis, les écrits sont surveillés… mais discrètement bien sûr, en bon touriste étranger ou chinois tu ne vois rien.

Emei Shan, des milliers de drapeaux de prières tibétains

Le point « bouddhisme et ouverture ».
Et oui, encore une subtile transition, pas mal pour un post sans transition, non ?!
Je ne vais pas m’étaler sur cette religion, je ne m’y connais pas assez ou il y en aurait trop à dire. En tout cas, dans ces régions en bordure du Tibet, on croise beaucoup de religieux, et c’est quand-même assez étonnant de croiser des bonzes avec Iphone et appareil photo dernière technologie. Et j’ai été encore plus surpris quand je me suis retrouvé dans la maison de la plus grande Master de tout le bouddhisme tibétain (Zhuo De Ba Mu en chinois, réincarnation de Kurukulle), match de NBA sur l’écran géant du salon. Encore cet appel du monde moderne, confronté aux traditions. En tout cas à mes yeux, cela ne sonne pas trop faux, et j’ai apprécié voir les bonzes très souriants, avec les touristes ou entre eux. J’ai beaucoup entendu parler du power des grands maitres, des bonzes ou mêmes des simples pratiquants, mais il m’aurait fallu un peu plus de temps pour confronter cela à la réalité. Next time (comme on a l’habitude de dire avec Charpi).
Et cela attire, j’ai croisé quelques occidentaux venus en villégiature dans le coin, certains pour des stages de Kung-Fu dans des temples, d’autres pour découvrir ce monde, et qui s’y sont désormais établis. « Heureusement » mon visa n’était que d’un mois, sinon qui sait…

Le point « j’ai fait mon touriste quand-même ».
Sans transition aucune cette fois-ci. Ce pays est tellement immense, j’aurais aimé aller voir la Grande Muraille, la Cité Interdite, Shanghai, mon couz à Hong-Kong… mais j’en ai déjà vu pas mal. Des temples déjà, ils sont magnifiques et appellent parfois au recueillement comme peuvent le faire des petites chapelles paumées en France ou certaines mosquées en Turquie et Iran.
Avec Killian le catalan de Chengdu, on s’est fait un bon trail sur une des quatre montagnes bouddhiste de Chine, Emei Shan. Au top ! On a vu ensemble le Grand Bouddha de Leshan, le plus haut du monde, 71 mètres (et en plus il est assis), datant du IXème siècle, taillé en bord de rivière pour surveiller les crues incessantes de cette dernière. Point non négligeable : il affiche un sourire bienheureux, comme la majorité des Bouddhas. Ça change de certains dogmes et ça fait pas de mal.
On a aussi fait les touristes à rendre visite aux pandas de Chengdu, c’est croooo mignon. Ils passent leur journée à manger des bambous, cherchant la meilleure position pour ne pas trop forcer et s’en mettre plein la panse. De vrais branleurs. Alors là cher public excusez cette familiarité soudaine mais le mot s’y prête parfaitement. En effet, ils ne sont plus du tout motivés à chasser de la demoiselle panda ce qui pose un problème pour la survie de l’espèce. Ils leurs passent donc des films à caractère stimulant… mais je n’ai pas eu plus de détails sur les scénarios et acteurs de ces susdits films.
Enfin bref… Le Yunnan m’a vu passé dans les belles (et très touristiques) villes de Dali et Lijiang mais aussi les terraces de riz de Yuanyang (très brouillardeuses malheureusement), les Gorges du Saut du Tigre… Un beau pays quoi !

Live again. Allez, après une balade dans les environs de Sapa, toujours au milieu du brouillard, je reprends la plume. Par contre, le courant n’est pas encore revenu dans la ville, depuis hier soir.

Jianshui, Yunnan, et ses danseurs du soir

Le point « enchainement hétéroclite ».
Ce qui est sympa dans ce genre de voyage c’est l’enchainement des journées, où l’on passe du coq à l’âne puis au panda puis à je ne sais pas quel autre animal encore.
Par exemple l’autre jour, où dans l’aprèm j’allais faire du shopping dans les magasins de luxe français et italiens : Louis Vuitton en tête, suivi de près par Prada, Cartier, Dior et autres Hubo Goss. A 60 € le rouge à lèvres chez Coco Channel, j’ai remis mon investissement à plus tard. En soirée je me retrouvai dans un resto bouddhiste avec une famille chinoise et une femme bonze (une bonzesse ? non quand-même pas j’espère). Cela avant d’aller dans la maison de cette Maitre bouddhiste, malheureusement pour mes amis (et moi aussi) elle était malade nous n’avons donc pu la voir, mais j’ai passé la soirée avec tous ces religieux… singulier !
Autre exemple, l’enchainement de quelques soirées dans le Sichuan. Premier soir festival rock chinois avec Killian le catalan, bon dieu ça dépote. Mais ça n’applaudit pas… et de manière générale, les chinois et la musique ça fait souvent deux ; Le lendemain trek, et nuit à 2500 m sous la neige dans une bicoque au fin fond d’une montagne bouddhiste avec une vieille mama qui nous a fait un riz-œuf ; puis nuit plus tranquille au pied de cette montagne dans une auberge presque normal avec quand-même un singapourien qui faisait ses rituels religieux au milieu de la chambre ; et enfin le soir suivant à Chengdu pour l’inauguration d’un bar belge, le Via Via, où j’avais été invité. Quel plat de nouilles ! Mais c’est ça qu’c’est bon.

Transition capilotractée où du riz-œuf je passe au point « chinese food ».
J’ai bien mangé en Chine. Ici tout ce fait au wok, à la poêle, au barbecue, à l’eau, à l’huile mais rien au four malheureusement. En dehors des familles, on peut manger dans la rue ou dans les restaurants. Dans la rue, on s’assoit à une petite tablée et on jongle avec les baguettes pour manger des noodles ou du riz, accompagnés de légumes et viandes, des beignets, des dumplings (boulettes de pates fourrés aux légumes ou viandes), tout type de viande bizarre (on m’a fait mangé de la langue de canard avec toute la tube digestif tout ça tout ça, c’était plutôt étrange surtout la consistance).
La deuxième solution est de manger au resto. C’est sympa car on commande une dizaine de plats sur la table (tournante en général) et on pique avec les baguettes le plat qui passe devant soi. Spécialité de Chengdu, le Hot Pot, où chacun a son bouillon en ébullition devant soi, et où l’on y cuit tous les ingrédients présents sur la table. Une fondue chinoise comme on dit chez nous. A part les fines tranches de viande ou poisson, on retrouve du bambou et tous types de légumes, des champignons étranges, des tofus de toutes sortes, des dumplings, des sortes de gâteaux…
C’est convivial de partager les plats, on pioche un peu de partout, comme bon nous semble. A cela on ajoute une sauce bien épicée comme tous les plats en Chine. J’ai souvent demandé des plats non épicés, mais ça l’était quand-même ! Par pour eux… Oui parfois j’ai craché du feu.
Très bonne nourriture vous l’aurez compris, mais comme dans de nombreux pays, le hic intervient au dessert. Car il n’y en a pas. Ou alors des fruits. Ça commence à manquer je dois vous dire un bon vacherin, un gâteau au chocolat digne de ce nom, une tarte tatin toute chaude avec sa boule de vanille de Madagascar… je me fais du mal. J’ai quand-même pu déguster un très bon tiramisu et une crème brulée tout à fait acceptable au bar belge de Chengdu. Merci les belges. Anecdote marrante dans ce bar-resto, les serveuses n’étaient pas encore habituées à amener les plats les uns après les autres (comme en Europe) donc on s’est retrouvés avec les desserts en entrée, l’entrée deux minutes après et le plat principal à la suite.

Le point « Environnement » (car il en faut toujours un).
Eh oui il en fait un car les enfants de l’école de St-Priest nous on demandé de planter un arbre en Chine (car ça capte le CO2, pas sots les mioches) et de leur prouver que la pollution atmosphérique est plus forte qu’en France. Pour l’arbre, check ! Pour la pollution de l’air, c’est pas gagné car les villes où je suis passé ne sont pas si polluées que ça. Pas plus qu’en France. Cela étant notamment dû au fait que toute la moitié sud du pays n’a pas de chauffage central et que peu de particuliers ont leur propre chauffage. Moins de pollution certes mais ça meule ! Mais comme le rapportait Le Monde il y a peu, la pollution atmosphérique augmente très rapidement dans l’Empire du Milieu, jusqu’à provoquer la mort de plus de deux millions de personnes par an…
Bonne pratique non négligeable dans les provinces où je suis passé, tous les scooters roulent à l’électricité. Et ces éoliennes vues sur des kilomètres, dans le train entre Urumqi et Chengdu… Ça progresse les gars, ne vous arrêtez pas là surtout (gros hic, le pays a prévu de construire plus de cent réacteurs nucléaires et centrales à charbon dans les années à venir).
Malheureusement les citoyens, s’ils sont un peu plus disciplinés que dans d’autres pays traversés, jettent encore facilement tous leurs détritus dans la rue et la nature. Mais ça semble moins pollué qu’en Albanie par exemple car un des boulots les plus courus est celui de balayeur… Donc les gens cherchent rarement les poubelles. Néanmoins, les balayeurs passent rarement dans les rivières.
Il est hallucinant de voir aussi tous ces emballages plastiques dans les supermarchés. Chaque pomme, banane, parfois date, est mise sous cellophane. Etonnant cette attention donnée à l’hygiène quand on les voit cracher de partout même à table. Ca n’est pas un peu paradoxal ? Futur problème de santé à grande échelle, les antennes relais qui pullulent de partout et sans les cacher (comme chez nous), on les voit sur les écoles, sur les temples, ils s’en foutent. On ne va quand-même pas arrêter le progrès pour des considérations sanitaires.

Chengdu, pays du panda !

Le point « pas classe, voire pas classe du tout ».
J’en ai déjà un peu parlé mais les chinois ont des comportements assez choquants pour un tendre occidental comme moi. Déjà ça racle des gorges dans tous les coins de rues, dans les bus, certains restos… et ça lâche des gros crachats parfois juste devant toi sinon dessus. Bien sûr on peut cracher (discrètement) à table mais on ne se mouche pas. La parisienne Doriane en a fait l’expérience en se faisant virer d’un resto à Pékin !
Après ça, quand ils mangent ils en foutent de partout, sur la table, par terre, et sur le menton bien sûr… Même les charmantes damoiselles ne sont pas de tout reproche. Je généralise à peine et en tout cas le sluuurp pour boire sa soupe (à la Jacques Brel) est une des bases de la culture culinaire.
Dans un autre style, j’ai été étonné de la façon dont se parlent les gens (comme je l’ai dit plus haut). A cela s’ajoute une langue qui peut être très incisive, accentuée par des voix très dures et cassantes, et c’est encore surprenant quand ce sont des femmes. Les gens se gueulent dessus et c’est normal. Ils laissent encore plus faire quand c’est un uniforme qui intervient, cela étant peut être hérité de l’époque de la Révolution Culturelle ou les humiliations en public par les Gardes Rouges étaient courantes et où il ne fallait mieux pas se rebeller.
Ils restent également sans réactions dans les dortoirs quand des nouveaux arrivant allument les lumières, parlent normalement sans aucun effort de discrétion,… c’est vraiment particulier.
Toujours dans cette relation particulière entre les gens, ceux-ci se doublent sans scrupules dans les queues, sans discrétion aucune, jusqu’à se pousser et se tirer. En France on double aussi, mais au moins on fait ça discrètement ou avec classe, pas ici.
Et pour finir le point klaxonne. Ils en sont fous dans tous les pays traversés, mais la petite touche locale consiste à le faire sonner pendant environ trois secondes à la suite. Et c’est très long trois secondes quand tu commences à t’endormir dans un bus… Et surtout, personne ne dit rien, c’est normal.

Pour finir cet article en vrac, le point « bordel ».
Justement en Chine, les bordels c’est monnaie courante (souvent le premier étage des hôtels) et nombreux sont ceux qui semblent y avoir goutés ; Mao est généralement bien vu, la Révolution Culturelle n’ayant pas fait « que des mauvaises choses » ; Ils kiffent les karaokés (KTV), il y en a de partout et c’est franchement fun ; Ils dansent un peu de partout en groupe dans la rue ou sur les places, belle tradition qui tend à disparaitre avec les nouvelles générations ; Ils n’ont pas bien saisi le concept des fêtes de fin d’année : un grosse bringue pour Noël, et en famille pour le jour de l’an…

Le frelon d’or : la ville de Dali, dans le Yunnan, et cette bringue de Christmas dans les rues.
La pompe à vélo : ce mépris entre les gens, les classes,… qui ne gène personne.
Le fun : quand ils répondent au téléphone, ils disent une sorte de « Ouuaaaiiii » avec un bon vieil accent stéphanois, c’est vraiment trop bon. Je ne pouvais m’empêcher de répéter ce superbe « Ouuaaaiiii » ce qui m’a valu quelques regards interloqués.

Benjo

PS Musical de Benjo : China Girl, de David Bowie.
PS Musical de Charpi : Une femme seule, de IAM

25 déc. 2012


Sur la route

Nous voici donc dans l’Empire du Milieu. Et le milieu commence loin de Pékin, à la frontière kirghize, à quelques milliers de kilomètres de la capitale. Un cinquième des habitants de la planète a un passeport chinois !
Il aurait été plus simple de prendre l’avion pour aller directement de Bishkek en Asie du sud-est, mais on préfère éviter. Dans une perspective environnementale déjà mais aussi pour voir l’évolution des paysages et des populations le long de cette route. Ce qui nous a fait quelques (longues, parfois) heures dans les transports kirghizes et chinois.
Nos dernières heures au Kirghizstan ont été superbes avec la traversée de la vallée de l’Alaï dans un bon vieux camtard local. Puis on a passé la frontière. On a commencé par nous obliger à prendre un bus complètement pourri (on voulait faire du stop) sur une piste qui l’était encore plus. Une dizaine d’heures pour faire 140 kilomètres, arrêt dans un check point dernière génération comprit…
Nous voici enfin, à 23h, à Kashgar, carrefour incontournable de la Route de la Soie, et rendez-vous des backpackers. Mais là, on ne croisera qu’un suisse (que je recroiserai par hasard dans trois autres villes toutes distantes de milliers de kilomètres).
Cette arrivée dans Kashgar a vraiment été un nouveau « choc culturel » pour moi. Les deux premiers ayant été l’arrivée dans le monde musulman à Mostar (Bosnie) et l’improbable Iran.
Dès l’entrée dans la ville, on constate la différence avec l’Asie Centrale : il y a de l’électricité, et pas qu’un peu ! Si, la veille encore, on marchait dans le noir dès la nuit tombée, ici les panneaux publicitaires et surtout les enseignes de magasins illuminent les rues. Pour les locaux, ces caractères ont une signification, pour nous ce sont de beaux dessins. On se réveille le premier matin, et devant nous une immense cours d’école avec des centaines d’enfants faisant leurs exercices matinaux au son de la belle musique impériale. Un nouveau pays !
On sent que Mao a eu un peu de mal à maitriser complètement ces peuples du Xinjiang, cette province du nord-ouest du pays. Lorsque l’on se promène dans les rues de Kashgar, on croise peu de chinois comme on l’entend en France, mais principalement des ouïghours, un peuple turcophone. Ils ont un faciès ressemblant aux peuples d’Asie centrale, c’est-à-dire un mélange mongol, perse, turc voire hindou… ils sont majoritairement musulmans sunnites, ont leur propre langue (turcophone là aussi) et écriture, qui ressemble à l’arabe mais qui n’en n’est pas. D’ailleurs, la majorité des enseignes ont la double écriture chinoise et ouïghour (ça ne nous a pas plus aidé faut dire). Et beaucoup d’anciens ne parlent pas le mandarin. Bon Mao n’a pas tout réussi mais il a quand-même une belle (et grande) statue à son effigie, levant le bras droit vers l’avenir. Les mauvaises langues disent qu’il hèle un taxi tellement il faut se battre pour en attraper un.
A errer dans les rues de Kashgar, on redécouvre un nouveau peuple (les ouïghours) intégrée dans une nouvelle civilisation (chinoise). Et on sent qu’il y a comme un décalage. La ville, comme la région, est très pauvre, malgré les belles lumières et des immeubles neufs. Beaucoup plus de mendiants que dans les pays précédents (et que dans le reste de la Chine que nous avons visité), un vieux centre qui tombe en désuétude, une hygiène qui laisse franchement à désirer… Etrangeté chinoise également, nous sommes sur le même fuseau horaire que la capitale, si bien qu’il fait à peine jour à 11h du matin. On a bien l’impression que Pékin a classé les ouïghours comme peuple de seconde zone…

Un occidental qui a voyagé pendant cinq mois dans le pays, nous annonce « ne comptez pas être comprit par les chinois ». Et effectivement, on va vite se rendre compte qu’il ne faut pas y compter. Faut essayer certes, mais il faut surtout avoir la requête déjà écrite en mandarin sur un bout de papier. Même la langue des signes est différente. Pourtant on l’avait bossé depuis des mois, mais ici c’est une autre histoire, rien, z, on recommence à zéro comme dirait Edith. On a pu expérimenter cela une première fois au resto… quelle galère ! Même avec les dessins sur le menu, on n’est pas arrivés à se faire comprendre. Résultat, on s’est retrouvés avec des plats pour sept ! Bon, comme on est généreux dans l’effort, qu’on ne voulait pas laisser une mauvaise impression et que c’était bon, on a mangé pour six. On manquait d’entrainement. Devant nous, à la même table, ils ont eu le temps d’enchainer trois services. Je reviendrai dans un autre post sur leur façon de manger. Peu ragoutant.
A Kashgar, nous avons aussi parcouru l’immense bazar, qui grouille de monde, et le marché aux animaux, un des plus grands d’Asie. Ça fourmille de monde et de bestiaux (yaks, chameaux, chevaux, ânes, moutons, chèvres, un suisse aussi,…), ça jacte, ça henni, ça marchande, ça braie, ça rigole, ça sert des paluches en échangeant des biftons. Une ambiance virile mais correcte (ou presque, ça castagne encore un peu).
Tout ça c’était avant l’drame, se rendre à l’évidence : il n’y a plus de place couchettes dans les trains dans les cinq jours à venir. On doit prendre un premier train pour Urumqi, environ mille bornes et 30h ; et un second pour Chengdu dans le centre sud du pays, environ deux milles bornes et 50h… on va avoir mal au c*l à passer ce temps assis ! Que nenni grand Dieu, plus de place assise ! Ce sera debout pour 80h avec une pause d’une demi-journée pour dormir à Urumqi.
Déjà, en Asie Centrale, chaque déplacement était une aventure, mais ça n’a rien de comparable avec ces quatre jours à traverser presque les deux-tiers du pays. On voulait voir du pays, on a été servi ; on voulait rencontrer du local, on a eu de la promiscuité comme jamais. Mais que c’était bon !

Kasghar, pays ouighour

D’entrée à la gare, la sécu nous soutire nos supers couteaux ouïghours achetés au bazar… rrrrhhhhh, j’ai que ça à faire moi de braquer le conducteur du quotidien Kashgar – Urumqi ! On est presque les derniers à embarquer, on nous presse gentiment de grimper quand une intendante reçoit un message sur le talkie. Et là elle se met à nous hurler dessus et à la dizaine de passagers encore à l’extérieur. Une morceau d’hystérique, y’a vraiment pas d’autres mots, on dirait un coach de lutte sur le bord du tatamis qui gueule ses encouragements à son poulain dans une salle où l’on ne s’entend plus. Mais là on l’entend y’a pas de souci et surtout le train est déjà blindé, on ne peut pas rentrer plus vite bordel ! Etrangeté chinoise là aussi, tout le monde la ferme… vraiment bizarre, on est les seuls étonnés. Un remède contre l’amour comme dirait l’autre. Je reviendrai aussi sur ces pratiques étranges dans un autre post. Peu entrainant.
Et nous voila dans les wagons. Enfin plutôt entre deux wagons, là où l’on est rentré, car on ne peut pas avancer. En fait ils vendent les places couchettes, les places assises, puis blindent le train au max en vendant des tickets à prix réduit pour le reste de l’espace. On est loin des réglementations françaises type ERP. Le long du trajet, on enchaine les positions debout, assis, mais pas couchés, impossible. On va rester lors de ce premier voyage dans cet entre-wagon, coin fumeur et non chauffé. Super ! On va néanmoins arrivé à faire notre place en se calant sur des sacs de charbon et de citrouille. Pas le mieux pour le postérieur, je ne vous le conseille pas. Certains moments, je compte, on est une dizaine dans trois mètres carré. Quand je vous disais qu’on avait gouté à une certaine promiscuité avec le local…
Evidemment on est les deux seuls occidentaux du train. On est un peu des bêtes de foire, tout le monde nous regarde, scrute chacun de nos gestes (ce qu’on mange, ce qu’on écrit, ce qu’on dit, ce qu’on lit etc.). On est les uns sur les autres, donc on s’aide plutôt que l’on s’énerve, ça rapproche en plus de l’être déjà. Of course personne ne parle un mot d’anglais. On arrive toujours à communiquer un peu, notamment par la musique. On sort nos deux guitares, on se crée un petit mètre carré pour nous placer et hop on enquille les accords. Le spectacle est pour eux mais pour nous aussi, à voir toutes ces ganaches fixées sur nos instruments et nos voix. Fou.

Faut faire sa place dans le train...
 
Avec ma taille et ma face d’étranger, je fais peur aux gamins. Trop marrant ! La première seconde ils se demandent ce que c’est que ce grand truc, puis se refugient dans les bras ou les jambes de leurs parents. Une fois bien au chaud, ils jettent de nouveau un coup d’œil. S’ils croisent mon regard, ils se cachent encore plus et certains pleurent. Les plus grands s’y font et deviennent des potes, les petits s’y font rarement. L’ogre Gloups sans le déguisement^^
Les heures passent lentement, tout comme les intendants qui tentent de pousser leurs chariots en évitant de nous écraser au passage. On mange presque tous des pates (les noodles chinoises), petit à petit on s’endort les uns sur les autres. Bah non en fait on ne s’endort pas, c’est pas possible. Comment faites-vous chers médecins pour enchainer plus de 24h ?

Heureux d’être arrivés à la première étape, on se repose quelques heures avant d’enchainer sur la seconde. Avec notre mini expérience, on se la joue tactique et on ne se laisse pas faire, pas moyen de se retrouver entre deux wagons. Chanceux, on rencontre un jeune qui parle anglais, il sera un bon compagnon de voyage, et nous donnera des tuyaux de voyageurs. Comme manger au resto le soir afin de pouvoir dormir sur la chaise. Je m’assoupie, j’allonge mes jambes sous la table, le gars d’en face racle gracieusement sa gorge, et dépose son beau crachat sur ma godasse… classe, merci Gabert (oui ici tout le monde s’appelle Gabert, ça évite les erreurs). Je reviendrai aussi sur cette habitude du crachat. Peu attirant, et surtout vraiment dégueulasse ! Ma foi, ce resto-dodo ce n’était pas le Hilton mais on a sombré quelques instants, très précieux à ce moment là du périple.
Encore de la guitare, des gamins qui après nous avoir apprivoisé jouent avec nous, des paysages qui évoluent vers plus de vert,… on arrive bientôt à Chengdu, capitale du Sichuan.
Les chinois sont habitués à ces voyages, c’est un peu comme les départs au bled mais tous serrés dans un train. Ils s’y font, ont leur petite organisation de nomade, et s’adaptent à ce foutoir ambulant.
Perso j’ai détesté mais surtout adoré. Détesté car on est réduit à se comporter comme des bêtes, on touche terre, il n’y a plus aucune dignité (je vous épargne certains détails), les flics et personnels sont humiliants envers les passagers, et les gens laissent faire tout ça. J’y reviendrai aussi, peu accueillant. En plus c’est physiquement épuisant, on attend que les heures s’égrènent… ma foi. Mais j’ai adoré car on s’est prit un bain de Chine authentique. On s’est retrouvés à partager leur quotidien de voyageur, on était au même niveau qu’eux. Il y avait un vrai échange, et tout cela sans parler ou presque. On voulait voir du local eh bien on a été servis !
(Pour l’étape suivante entre Chengdu et Kunming, 18h, on a pu prendre des « couchettes ») Yeah !!

Seance musicale dans le resto


Frelon d’or : Alors perso je me suis fait un petit délire dans ces trains. Je me suis amusé à faire quelques allers-retours dans des wagons, avec la musique Paper Planes, de Mia (du film Slumdog Millionaire), dans les oreilles. Sérieux, je me croyais dans le film, avec ces personnes à enjamber, ces visages mix asiatiques, et leurs regards. Fatigués, souriants ou interloqués à ma vue, couchés les uns sur les autres… une ambiance incroyable et la musique qui tabasse ! Paon Paon Paon Paon !
Pompe à vélo : Choix difficile entre les raclements de gorges, les gueulantes normalisées, et leur façon de manger…
Fun : Pendant que Charpi discutait gentiment avec un jeune prosélyte musulman, je me retrouvais à jouer les interprètes ouïghours / anglais avec une demi-douzaine de gars, à l’aide du Lonely Planet. J’étais assis sur une banquette, cerné par ces adolescents assis et debout, à quelques centimètres de ma tête, et tous avec des faces de Jacouille la Fripouille ! Mêmes teints, mêmes coupes de cheveux et détail non négligeable, les chicos dégueus, tous à me poser pleins des questions. Franchement c’était trop bon. « Tu t’es espongé dans la vinasse ? »

Benjo

PS pas musical : Les félicitations à Charpi qui a continué la route pendant plusieurs jours entre Chine, Laos et Thaïlande ! Champion !
PS Musical de Benjo : Paper planes, de Mia
PS Musical de Charpi : Get Ready, de The Temptations


15 déc. 2012

Back sur le net (pour qq minutes) : Deux articles a la suite pour la fin de l'Asie centrale. Bonne lecture.

Alors le Kirghizstan en hiver…

Le Kirghizstan, c’est beau… bon on se casse ?! Voilà ce que j’ai en tête avant d’écrire ce mail. Je pourrais rallonger et vous en mettre des tartines sur le nomadisme, la géographie et l’histoire assez récente de ce pays en tant que tel. Mais vous serez certainement assez curieux pour aller faire un tour dans une encyclopédie et sur le net afin de vous familiariser avec ce lieu complètement méconnu. La preuve par quatre pouvez-vous me le situer sur une carte du monde vierge, me citer la capitale, me décrire la recette du kumiz ou encore la taille des talons des meufs du coin ? Ah ! Ah !
Bref on ne sait rien de rien sur ce pays et pourtant il n’est pas petit (la moitié de la France).
Pour vous aider je vous glisse quelques petites recommandations pour ceux et celles qui auraient l’envie furieuse de quitter un hiver pour un autre et de se la jouer au grand Khan qui retourne dans sa steppe natale.

Avec les frenchies Aurel et Ralph

PARTIE 1 CE QU’IL NE FAUT PAS FAIRE (comprenait ce qu’il faut faire mais pas trop)
1° Venir en hiver : ça meule, partout de la neige. Ya même une vallée coincée entre deux cols à plus de 3000 où la température est tombée à moins 55° l’année dernière.
2° Renvoyer ses affaires « grand froid » la veille de l’arrivée et se faire la traversée du pays en simple basket ouvertes aux quatre vents (glacial ici).
3° Prendre une chaussette made in Korea pensant que ça compensera une bonne paire de godasses.
4° Boire l’eau du robinet. Certes consommable mais le pays a été la poubelle nucléaire pour les russes pendant de nombreuses années.
5° Faire son visa chinois à Bishkek (la capitale, du coup !). Faisable mais tellement cher. On te fait ramasser la savonnette plusieurs fois avant de valider. 
6° Etre végétarien. Amis de la verdure bonne chance. Tu peux mais ils aiment mettre de la viande partout. En plus en hiver on trouve souvent du cheval dans la soupe. Sympa. Paraît que ça réchauffe et a des vertus aphrodisiaques.
7° Pas paner un seul mot de russe. Pas évident de trouver une langue commune pour converser.
8° Sortir dans Bishkek quand la ville s’est transformée en une immense patinoire urbaine et que les feux urbains ne fonctionnent plus. Ah Vladimir Ilitch tu nous manques (voir partie 2 petit 1).
9° Draguer une fille Kirghiz sans être sûr de la marier. Une institution ici et quand on a passeport français on est assuré d’attirer les convoitises. Le problème c’est que la séduction ne se fait jamais sans intérêts.

Sary Tash, sur la route de la Chine


PARTIE 2 CE QU’IL FAUT FAIRE (comprenez ce qu’il ne faut pas trop faire)
1° Visite de site nucléaire et autres lieux made in URSS. En ville et ailleurs dans le pays il est très difficile de louper une statue de Lénine, une effigie ou une de ces célèbres citations comme « l’Etat c’est le communisme et l’électricité ».
2° Tester les minibus locaux avec verglas et chauffeur déluré. Souvent des troupeaux de moutons ou de chevaux traversent les voies. Les conducteurs ne comprennent toujours pas que le concept de klaxon est ignoré du monde animal. Surtout quand celui-ci a décidé d’imposer son rythme. Il serait plus prudent de ralentir… de ralentir. Ralentis !! C…..d !! Ah bah trop tard et encore un trente-huit tonnes renversé sur le bas-côté.
3° Sortir par moins 10° spécialement quand le soleil se couche.
4° tester le patin à glace sans patins dans les rues de la capitale.
5° Parler russe avec un fort accent de Komarad et dire un da guttural à chaque question posée.
6° Essayer de déterminer le début et la fin des villes soviétiques. Même les plus petites s’étalent et s’étalent sur des kilomètres. Tu me diras c’est pratique vu la taille des avenues on peut facile y rentrer quatre voies de voitures, une pour les bus, un aller-retour pour les vélos et une voie patinoire pour les piétons. Easy !
7° Si vous êtes malade, les prescriptions locales sont simples (véridique !). Pour des maux d’estomac et turista : boire de la vodka et du sel pendant 24h sans rien d’autre. Pour la prise de poids ajouter à votre régime alimentaire de la vodka avec de la bière. Pour une otite prenez un coton imbibé de sérum physiologique local à savoir vodka.
8° Expliquer les nouvelles règles des visas aux policiers qui vous arrêtent dans la rue en spécifiant bien que votre passeport a été retenu par l’ambassade chinoise (voir partie 1 petit 5).
9° S’asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi à regarder les filles tant qu’y en a. Les plus belles filles du monde en tout cas au moins sur le podium mondial. Faciès asiatique et classe russe.
10° Quand vous êtes lassés, le marché d’Och c’est pas mal. La voie principale est complètement défoncée ainsi que de nombreuses maisons dans le quartier. Il ya deux ans la ville a connu des émeutes terribles entre ouzbèks et kirghiz (problèmes de frontières).

Le bazar d'Osh, ravage par la guerre.

Le frelon d’or : le pays est somptueux certes il vaut mieux venir en été pour profiter des nombreux treks de ouf malade qui déchirent. Mais la magnificence des montagnes. La brume sur les lacs et les chevaux qui percent à travers. Les couleurs. Bref pour un contemplatif comme moi c’est le cœur.
Le fun de la semaine : Benjo qui a testé la station de ski internationale de Karakol en tête. Des installations made in Ménuires et un tour du propriétaire effectué en une demi-journée. Néanmoins le cadre est époustouflant et on est seul sur les pistes. 
La pompe à vélo : la furieuse manie des kirghiz à vouloir se mettre sur la gueule. Ils aiment la castagne et ça se sent au degré d’alcool qu’ils ont imbibé. Encore hier soir de retour d’une partie coinche, trois jeunes trous du cru raides comme des pinces lassés ont gentiment essayé de nous bousculer. Bon on était six dont deux doubles-mètres (enfin quasi). Ils doutent de rien les gonz’…

Charpi

PS Musical de Charpi : Fragile dreams, d’Anathema
PS Musical de Benjo : Jolene, de Dolly Parton

Centrale l’Asie ?!

Nous ne sommes pas restés longtemps dans cette région et c’est bien dommage. On aimerait donner du temps au temps et pouvoir s’installer confortablement dans les moufles du voyage et se faire acteur et observateur chaque jour que l’on passe sur cette bon Dieu de Terre mais à court de pouvoirs magiques on doit dealer avec les impératifs du monde moderne à savoir réceptionner l’amour de sa vie dans un coin qui est pourtant une des expressions les plus contemporaines du départ et de l’arrivée : un aéroport. Le rêve, quoi !^^
Bref je m’emballe. Revenons à notre besogne du jour, comprendre le concept d’Asie centrale. Ouais on a tous tâté de la géographie de papa. Place tes continents et tes capitales et tiens place moi l’Asie centrale. Merde c’est où que c’est l’Asie déjà. Bon l’Asie ça commence avec une partie de la Russie et ça se termine avec la Russie. Voilà c’est vachement simple. Bon tout le monde sait localiser l’Asie du sud-est. Pour l’Asie de l’ouest encore quelques hésitations. Les chercheurs qui cherchent on en a par contre, peu trouvent. Le grand Charles a parlé. Rideau.  Pour l’Asie centrale c’est pas une mince affaire en fait c’est la zone où l’on se trouvait il y a peu avec le Benj’.

Bukhara...

Je ne sais pas pour vous mais l’Asie centrale pour moi ça a bercé mon enfance. Je pensais contes et légendes. Terra incognita. Je me disais qu’il ya avait peut-être personne et que l’on pouvait se laisser aller au délire d’être un putain d’explorateur. Que nenni ! Ces régions ont une histoire et elle remonte à loin. Attendez, je ne vais pas vous la faire Pierre Bellemare. Juste vous donner quelques éléments (que vous connaissez peut-être déjà) pour que vous puissiez frimer dans les salons et soirées mondaines et surtout que vous n’hésitiez plus à prendre un billet à bord d’un bon vieux Tupolev ou Antonov afin de venir vous régaler dans ces régions coincées entre l’Europe, la Russie, le Moyen-Orient et la Chine. En tout cas d’un point de vue de la localisation, centrale nous parle un peu plus.  
C’est un pays de nomades. Quand je dis pays j’englobe les pays en stan du coin : Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizstan, Tadjikistan, Afghanistan et Turkménistan. Bien sûr selon les régions, leurs configurations et leurs potentiels, les gens se sont sédentarisés plus ou moins rapidement. Aujourd’hui la tradition du nomadisme est palpable mais la sédentarisation est clairement le mode dominant. Pourtant à l’époque c’est bien le cheval et la yourte les deux piliers de la culture locale.
Et puis en plus d’un nomadisme choisit, ces régions centrales ont subit également de multiples invasions dans les quatre directions. Un va-et-vient quasi permanent rythmé par les aléas de l’histoire.

TUUUUUUTTT : mi-temps

Mesdames et messieurs, deux semaines après que Charpi ai débuté ce post, je prends le relais. Eh oui, nos chemins se sont séparés pour un temps, il est parti plus au Sud, je reste un peu plus longtemps au pays de Mao et sa clic.
Je vais tenter de finir son article, mais ce sera avec ma plume, fini l’angélisme, du concret ! (car le temps presse, je n’ai qu’un accès très restreint à mon blog en raison de la censure chinoise, donc faut que j’abrège l’écriture !).

Samarkand...

… Cette route de la soie existe depuis plus de deux millénaires, ce n’est pas Marco Polo qui l’a baptisé ! Le premier grand explorateur fut certainement Alexandre le Grand. Le macédonien arriva dans ces régions en 330 av. JC et resta trois ans dans la région. Il y fonda sa neuvième ville, Alexandreia Eskhate (Lointaine Alexandrie), épousa la fille du Roi des Sogdiens, un des derniers peuples à rendre les armes au Grand Alexandre. Mais ses conquêtes à l’est se terminaient… eh oui après c’est encore un autre empire, la Chine ! Pas évident.
Ces siècles ont vu différents peuples plus ou moins sédentaires se faire la guerre pour ces contrés de steppes et de hautes montagnes. Des alliances succédant aux trahisons pour dominer ces grandes étendues d’herbes. Mais petit à petit cela a engendré des échanges entre ces peuples, certains locaux, certains plus lointains. La route de la soie nait avec ses peuples locaux, mais aussi avec les chinois, les romains, les parthes et les kouchans.
Région centrale du plus grand continent du monde, elle fut la convoitise de tous les grands empires. Après les perses, les grecs, les kouchans, les chinois, les turcs assirent leur domination dans les pays-stan. Puis ce fut le tour de la religion musulmane et des arabes. Les chinois furent définitivement boutés de la région en 751 et perdirent beaucoup, notamment des experts dans la fabrication du papier et de la soie. Cela porta un coup terrible à la route de la soie car les pays de l’Ouest allaient pouvoir monter leurs propres commerces…
Puis ce fut au tour du fin diplomate mongol, Ghengis Khan. Il mit à sac la majorité des villes de l’Asie centrale, ne laissant que quelques monuments en place, estimant qu’ils valaient le coup d’être préservés. Puis Tamerlan, tout aussi bon diplomate, ravagea la région (et plus loin encore) et ramena un peu de culture turc. Encore un mélange…
Ces échanges virent aussi la naissance de nombreux artistes et hommes de sciences dont on parle tous les jours, notamment à l’école. Au IXème siècle, le mathématicien Al-Kharezmi a donné son nom aux algorithmes, puis un autre de ses traités appelé Al-Jebr est devenu algèbre en Europe. Un astronome, Al-Biruni, découvre 500 ans avant Copernic (mais après les égyptiens…) que la Terre tourne autour du soleil et évalue la distance de la Terre à la Lune à vingt kilomètres près. Pas mal ! Au Xème siècle, le Canon de la médecine d’Abu Ali Ibn-Sina, servit de manuel de base pour la médecine occidentale jusqu’au XVIIème siècle. Du beau monde quoi !
Enfin (en fait c’est pas franchement la fin, mais j’abrège sinon y’en a pour des pages à citer tous les conquérants du coin, même les bus y passent désormais), oui, enfin, nos cousins russes commencèrent à s’intéresser à la région avec les stars Tsars, à la fin du XIXème siècle.
Vous voyez un peu le bordel !!!
Aujourd’hui on a donc à faire à un territoire de nomades sédentarisés, originaires des quatre coins du continent. Des tensions existent encore, tous les trois-quatre ans par exemple, des heurts se produisent à la frontière ouzbek-kirghize entre ces deux peuples. En 2010, on compta des centaines de morts à Osh. Comme l’enclave vauclusienne dans le sud de la Drome, il y a ici aussi de nombreuses enclaves de pays-stan dans d’autres pays-stan. Ce qui montre l’absurdité du tracé somme toute assez récent des frontières, et ce qui ne facilite pas l’apaisement entre ces pays. Saupoudrez le tout de jalousies sur la richesse de sols en hydrocarbures et cela ajoute au cocktail (presque Molotov, qui parfois prend feu comme je le disais).

Vallee de l'Altai...

En traversant cette région, j’ai souvent l’impression de traverser un même pays, avec des peuples assez similaires, des langues assez voisines ou tout le monde se comprend plus ou moins. On parle une sorte de perse au Tadjikistan et dans une partie de l’Ouzbékistan, une sorte de turc au Turkménistan, le russe de partout, mais aussi le Kirghize, le kazakh, l’ouzbek, le pachtoune dans ces pays. Les faciès évoluent un peu au fil des kilomètres mais on peu distinguer des racines communes. Plutôt des têtes de turcs à l’ouest (Turkménistan), il y a de plus en plus d’asiatiques en allant à l’est (Kirghizstan). On remarque aussi que les migrations des derniers siècles ou décennies se sont faites avec moins de mélange. Cela se voit notamment au Kirghizstan où l’on distingue clairement les kirghizes « historiques », des kirghizes russes ou chinois.
Dans cette unité multiple, ou cette multitude d’unités je ne sais plus, on a passé un petit mois à bourlinguer. Passage express au Turkménistan, puis visites des villes historiques ouzbeks, Bukhara et Samarcande. Deux villes splendides, deux villes majeures de la route de la soie, que Ghengis Khan ou encore Tamerlan ont en partie préservé au vu de leurs richesses historiques et architecturales (avez-vous vu les photos sur facebook, ça parle…). En tout cas, un peu de tourisme ça fait pas de mal, même si le vent glacial nous a fait apprécier les intérieurs, notamment les salles de mariages ouzbeks. Vous pouvez voir sur cette vidéo de la fille du Président ouzbek Karimov, la beauté de la vieille ville de Bukhara (et non pas la beauté de la musique).
On retrouve aussi dans ces pays l’influence russe avec ces villes aux avenues larges-extrêmes, ce qui a pour seul avantage de fluidifier la circulation automobile. Et dans ces capitales (Tashkent, Bishkek, mais aussi Asghabat ou Astana que nous n’avons visité), le centre historique n’existe plus ou n’a jamais existé. Pour nous, petits européens habitués à nos vieux centres et leurs petites rues, on a du mal à s’y faire. On ressent surtout cette grosse patte soviétique qui plombe ces villes de toute la lourdeur de l’urbanisme impérialiste.
Ce tour en Asie centrale se termine, il a fait beau mais froid, froid mais beau. J’aimerais vraiment y revenir en été, notamment au Kirghizstan, pour profiter de ces steppes, de ces yourtes, de ces montagnes splendides, de ces chevaux racés… T’es d’accord Charpi ?

Le frelon d’or : la traversée de la vallée d’Alaï, dans un camtard kirghize, avant d’arrivée à la frontière chinoise, à Irketchan. A 3000 mètres d’altitude, deux heures dans ce camion à contempler ces paysages blancs immaculés, ces sommets à plus de 7000, ces wagons perdus into the wild, ce vide humain et cette force majestueuse de la nature. Et là, tu y rajoutes un bon Telegraph Road en live de Dire Straits, et tu voyages dans ton voyage. Un must.
La pompe à vélo : l’incroyable pollution au dessus de la capitale kirghize Bichkek. On a fait une rando d’une journée dans les montagnes environnantes et on a pu scruter avec peur ce nuage multicolor, dû à la circulation des véhicules, mais aussi aux industries, et aux chauffages individuels, majoritairement alimentés par du charbon mais aussi tout ce qui brule (bouses, pneus…). Alors pour la fin du pétrole sur Terre (prochainement), vous avez deux choix : le charbon/pneu ou les énergies renouvelables, faites votre choix camarades !
Le fun : la propension de certains kirghizes à chercher la castagne, c’en devient marrant. En tout cas faut mieux en rigoler, sinon tu t’embrouilles vite, notamment lors des intenses tractations avec les chauffeurs de taxi. En russo kirghize : « T’ES AU KIRGHIZSTAN ICI, C’EST MON PRIX ET TU FAIS PAS CHIER », gueulé par un gros local à dix centimètres de la figure. Franchement, drôle !

Charpi et Benjo

PS Musical de Charpi : Tears de Django et Grappelli
PS Musical de Benjo : Telegraph Road, de Dire Straits


1 déc. 2012

24h chrono… au Turkménistan 

On a passé 24h au Turkménistan et c’est déjà pas mal. On a voulu abréger au maximum mais on n’a pu faire mieux. En regardant la carte avant de partir on pensait qu’il serait compliqué de rentrer et rester en Iran, mais l’Asie Centrale semblait folklorique et accueillante. Que nenni ! Et en premier lieu le Turkménistan. Pour commencer, on a fait trois allers-retours à l’ambassade de Tehran, attendus en tout environ 8h devant la porte, et notre entrée a été retardée de deux semaines car il y a avait une grande fête nationale (les frontières ont été fermées aux étrangers pendant trois semaines). 
En quelques mots, le pays est un Etat policier, avec un nouveau dictateur, euh Présityran pardon, Berdymoukhamedov, qui est à peine plus smooth que son prédécesseur Niazov. Passage quasi obligatoire sur la route de la soie, la région a été traversée par des peuples de toute l’Asie depuis des millénaires, et qui sont désormais sédentarisés. Aussi grand que la France, mais couvert essentiellement de désert, il n’y a que cinq millions d’habitants. Le pays est riche, dispose de grandes ressources énergétiques, mais les politiques pensent plutôt à monter des projets mégalomaniaques plutôt que d’investir dans l’éducation ou le social. La capitale Ashgabat est l’exemple parfait de l’excentricité des dirigeants : outre le style urbanistique soviétique, on peut y voir des énormes bâtiments à la gloire des Présidents, du marbre de partout, des immenses arches, coupoles… presque le Vieux-Lyon. 
Et ces dirigeants n’aiment pas les étrangers ! On a eu le droit à un visa de transit de cinq jours et c’est vrai qu’une fois sur place, on n’a pas trop envie de s’éterniser. Le problème c’est que l’on a ressenti que la débilité des dirigeants semble déteindre sur certains locaux. On a aussi rencontré des touristes qui ont fort apprécié le contact avec les turkmènes, mais la majorité se sont quand même sentis oppressés par l’Etat, et de facto, par certains habitants, qui eux aussi prennent les étrangers pour des pompes à fric. En fait il faudrait rester au minimum une semaine pour apprécier le pays et les gens mais ils ne nous en laissent pas le choix. Sur ces entrefaites, nous voici à la frontière irano-turkmène de Sarakhs. 

C’est parti, nous sommes le 11 novembre, à 13h. Après une heure et demie d’attente côté iranien, on traverse le no man’s land en bus. Et première escroquerie : on paye cinq fois plus cher que les locaux. Oui ici c’est la loi, tout est plus cher pour les étrangers, il y a chaque fois double tarif. Deuxième couche à la frontière, 12 $ de frais d’entrée (en plus du visa). Charpi détends toi, j’ai pas envie de passer la nuit au poste… j’ai ouïe dire que le flic local n’est pas des plus compréhensif. Une petite dizaine de personnes contrôle nos passeports ! Zetes pas un peu paranos non ?! 
15h, on sort côté turkmène. Des militaires s’amusent à faire des départs arrêtés dans la poussière avec une bagnole qui passe la frontière. Ok, l’Iran c’est bien fini. « Taxi taxi ! », « euh oui salaam aleykum cher ami tout d’abord ». Pour rejoindre Mary, la prochaine grande ville, le seul moyen c’est le taxi. C’est parti pour quinze minutes de marchandage. Ils commencent à 80 $, on s’en sort pour 33 $. Toujours trop mais c’est un bon échauffement. 
Et là c’est parti pour presque trois heures de rally, un peu à l’iranienne, mais sur un nid de poule géant. Pas trente mètres sans faire un bond. Probablement pour alléger la voiture et aller plus vite, le pilote a cru bon enlever toutes les ceintures de sécurité… on apprendra plus tard que dans cette région du monde, ils pensent que la voiture pourrait prendre feu instantanément s’il y avait un accident, donc ils ont peur d’être coincés. No comment. Des champs de cotons un peu de partout, des femmes sans voile, des habits colorés… on a bien traversé une frontière. 
18h30. On arrive de nuit à Mary, après avoir bien balisé sur la conduite de nuit. Charpi a encore marqué le cuir. Le pilote en joue et se marre avec ses chicos en or. Ah oui, en Asie Centrale la majorité des habitants (hommes et femmes) ont plusieurs sinon toutes les dents en or. N’ayant pas confiance en leurs banques, ils investissent dans la dentition dorée. Après les nez refaits en Iran, les ratiches en or des pays ‘Stan ! Comme tous les taxis depuis des mois, il ne connait pas le coin et sa ville, donc on tourne pour trouver un hôtel à un prix raisonnable. Au prix turkmène ça passe, mais pour nous c’est minimum 40 $ chacun. 
20h. Les taxi nous h(arc)èlent de partout à des prix exorbitants pour nous emmener au prochain hôtel. Puis un gars nous approche et nous sort trois mots d’anglais. Coooool. Il nous embarque à un prix presque normal à l’hôtel mais celui-ci est plus cher que prévu. On passe près d’un « disco », une boite de nuit. Les filles en mini jupe et talons aiguilles, couleurs scintillantes, maquillages à la truelle… même Tona notre ami ne peut dire si ce sont des pro ou pas. Ca fout les jetons quand même. Bon, il a l’air sympa le Tona… « On peut dormir chez toi ? ». Il hésite un peu et nous dit qu’il va voir ça, « don’t worry ». 

Qui c'est qui va encore se faire enfumer ?

21h. On parcoure la charmante bourgade de Mary. Eclairage minimum, grandes avenues, monuments gigantesques et moches… c’est à peu près l’image que j’avais de l’ex-URSS. On s’arrête sur une petite place, entre quatre immeubles défraichis, sous le seul lampadaire du quartier. On attend qu’il aille voir son plan logement. Cinq minutes, dix, vingt, trente… des gars traînent à gauche à droite, ça circule, on a un peu l’impression  d’être aux Minguettes du Turkménistan (pardon Elo il est jolie ton quartier), et sans la lumière. On fait pas plus les marioles que ça, mais on ne peut pas se barrer on ne sait pas où l’on est, pas de plan B, on n’a pas vraiment le choix… au cas où, on prend une photo du passeport du gars. Charpi s’avère extrêmement rassurant : « t’en fais pas j’ai le schlass dans la poche ». 
22h. On pose les affaires chez son plan logement. Une mama toutes de couleurs vêtues, ça nous rassure un peu, même si elle est peu bavarde. Peut-on lui faire confiance à ce Tona ? Lui-même nous a dit plusieurs fois de ne pas faire confiance aux turkmènes. Et toi alors tu viens d’où ? Faut dire aussi que le plan Visa Pakistan nous a un peu refroidis sur la confiance à donner aux généreux inconnus. Chat échaudé craint l’eau froide…
22h30. Après 20 minutes à rouler dans les quartiers glauques de la ville, on arrive à une gargote pour manger. Que des hommes, un barbeuc’, une salle de billards, des jeunes (coupes et fringues seventies) fumant la shisha et jouant aux jeux vidéos, un trou entre quatre planches faisant office de local technique. Oui, on n’est pas chez Bocuse. Mais on mange plutôt bien dans la yourte où Beyonce se trémousse dans le petit écran. Choc des cultures. De la viande (on ne mange presque que ça dans ces pays) et une bière alcoolisée. Oui monsieur, de l’alcool en vente libre ! 
23h30. Bon allez on file. Deux fois plus cher que prévu. « M’enfin Tona, on t’a dit qu’on est secs, qu’on a presque pas de cash et qu’il est impossible de retirer dans ta ville ! ». Il semble confus mais on ne sait pas trop si ça fait parti de son « plan ». Euh oui, nous aussi on devient parano. En tout cas on commence à être vraiment à court de liquide… 
Minuit. On va coucher, au moins on n’est pas trop mal installés. Mais on n’est pas des plus rassurés sur la suite des opérations. Va-t-on devoir payer deux fois plus la chambre, va-t-il nous demander encore de l’argent pour service rendu à la nation, ou je ne sais quoi…? Demain, aura-t-on assez d’argent pour arriver à Bukhara en Ouzbekistan ? Quoi qu’il en soit ça va se jouer à peu. 

Bonne nuit... ca va bien se passer

6h30. Driiiiiiinnngg. Il vient nous chercher (sympa le mec quand-même), nous demande vingt de plus pour la chambre mais on n’a pas, donc on paie pas. Il donne de sa poche dix à la mama, on comprend vraiment pas son plan ! 
7h. Il nous trouve une marchroutka (mini mni-bus) pour Turkmenabat vers la frontière ouzbek, à prix raisonnable. C’est le moment crucial, va-t-il nous demander le pognon que l’on a besoin pour sortir de ce pays, s’est-on encore fait rouler ? Et là, au top, il nous serre la paluche, nous souhaite la bonne-aventure… Dieu lui rendra dit-il. Oui, là on veut bien, on va en parler à qui de droit. On est donc tombé sur un mec hyper sympa, généreux, qui nous a tiré d’une bonne galère au milieu de cette ville de far-west (ou plutôt far-east). Merki mon turkmène ! 
8h30. On embarque avec cinq autres mecs. Trois heures de désert, ça secoue ça secoue mais on arrive entier à Turkménabat. Le stade, un portrait du Président jouant au foot ; l’hippodrome, il fait du cheval ; une mosquée, il prie… multi-polyvalent le gars ! Un peu comme la doublette Khomeni – Khameni en Iran, mais au moins lui il sourit. Ou comment un peuple se fait biiiip mais avec le sourire. Il y a aussi dans cette ville un concours de taille de paraboles. Parfois, on voit à peine les immeubles cachés derrière. Midi. Faut prendre un dernier taxi pour la frontière. On passe de 20 $ à 8 $. Mais c’est trop, on sait qu’il nous arnaque. En grand seigneur, Charpi se sert lui-même dans la boite à gant, on ne paiera donc que 6 $. 
12h30. Jusqu’ici ça roule… et ça roule. Il nous faut faire du change. Y’a quelqu’un ? Et là comme par enchantement une mamie débarque, toute en couleurs, sourire en or, un sac à main remplis de billets. Il nous reste 10 € et 15 $ pour arriver à Bukhara. Faut aussi dire qu’on économise sur la bouffe… Les douaniers sont allés manger, on en profite pour faire connaissance avec des ouzbeks, qui ont l’air tout de suite plus détendus que leurs voisins turkmènes. Echange de mets, de la guitare pour adoucir les mœurs et on se sent tout de suite mieux, même sans parler les mêmes langues. 
14h. Les turkmènes passent encore une demie heure à regarder nos passeports, noter des numéros, passer des coups de fils. Bordel, on veut se barrer de votre pays, ça aussi ça vous dérange ? 
15h. A dix secondes près on rattrape nos potes diplomates australiens croisés juste avant. Ils ont une marchroutka pour Bukhara. C’est bon, on a de quoi relier la ville !! Yeaaahhh c’était pas gagné. Un temps glacial, une auberge austère, mais Megy la Suissesse, avec qui on va passer une semaine entre cette ville et Samarkand. 

C'est bon : la frontiere ouzbeke !

24h et six langues parlées : farsi, turque (oui on y revient un peu, cok guzel), turkmène, russe, anglais et français… 
24h et six monnaies utilisées : les tomans et rials iraniens, les manats turkmènes, les dollars, les euros et les soms ouzbeks… 
What else ? Voila, le Turkménistan c’est fini ! Après une première journée dans le doute et le stress, la seconde s’est enchainée à merveille. On aurait aimé mieux connaitre ce pays, sa culture, sa population, mais comme je l’ai déjà dit, on n’a pas vraiment le choix. 

Le frelon d’or : ce pays de fous, tout simplement, une traversée un peu hors de l’espace temps. 
La pompe à vélo : ce pays de fous, une mini Corée du Nord pour nous et de nombreux touristes ayant traversé le Turkménistan. 
Le fun : nos gueules dans la voiture sous le lampadaire. Mais sur le moment on ne faisait pas les fiérots.

Benjo 

PS musical de Benjo : Trash tongue talker, de Jack White 
PS musical de Charpi : L’aimant, d’IAM